Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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livre « ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE »
SUJET DU TRAVAIL A PRESENTER le 27/02/2015


Jean-Pierre Frésafond / Contraction de texte/CHAPITRE 2 / COMMUNION AVEC LA TERRE (pages 19 à 35
(A) LA TENTATION DE LA TERRE

-Dès que la conscience de l’Homme s’éveille au cosmos, il se laisse bercer dans les bras de la Déesse-Mère, accomplissant ainsi le rituel des panthéistes païens. La révélation essentielle du paganisme étant que tout ce qui est vrai est précieux, toutes les énergies sont sacrées, depuis l’atome jusqu’à la vie en passant par les étoiles. C’est la version orientale du Lotus Bleu, fleur sacrée, vision lourde de matière qui tend à s’élever pour absorber toute spiritualité. Selon l’hindouisme telle est la singularité des vues panthéistes et païennes ; tendance qui se développe au détriment de la conscience personnelle et en faveur des monades inférieures. L’issue lumineuse se confond avec leur source obscure.

La vie se comprend et s’éprouve en fonction de la matière.
-Un jour, en face de mornes étendues désertiques, devant la mer insondable, dans l’enveloppe d’une forêt, loin des hommes et de l’effort, toute ma sensibilité alors s’est dressée car la Matière était là qui m’appelait, elle me sollicitait pour que je m’abandonne à elle et que je l’adore. Et pourquoi ne l’adorerais-je pas, elle la Mère-Divine ? N’est-elle pas génératrice absolument féconde ? N’est-elle pas à la fois l’origine commune et seul terme dont nous puissions rêver ? Ainsi, bercé par la voix qui charma plus d’un sage, parlait mon cœur séduit, et la raison complice …
J’ai voulu voir si , par l’éveil cosmique je pouvais arriver jusqu’au cœur des choses, retrouver l’âme du monde. Mais je me suis aperçu que la lumière de la vie s’obscurcissait en moi. Je me suis senti moins sociable car la Matière est jalouse. Le panthéisme souffre de la rencontre avec les autres hommes, il ne veut voir que leurs agissements collectifs. Les personnes s’excluent par leur centre, le panthéisme rêve de ne faire qu’un. A ce symptôme j’ai soupçonné que je m’amoindrissais, pourtant la solitude a ses vertus vivifiantes. Peut-être ne me trompais-je pas en laissant dévier ma course loin de l’humanité attristante ? J’ai ouvert mon cœur à la solitude… Or, suivant la logique de nos actions, il s’est trouvé que la moindre sociabilité en moi préparait la moindre personnalité. Celui qui trouve trop lourd de supporter son prochain n’est-il pas déjà fatigué de se porter lui-même ? Et c’est ainsi que la voix ensorceleuse qui m’attirait loin des cités s’est trahie. Et déjà au bas de la pente suivant laquelle m’entrainait le poids si doux de la matière, je voyais paître les pourceaux d’Epicure et c’est alors que la foi en la vie m’a sauvé.
La vie ne se trompe pas, ni sur la route ni sur le terme. Sans doute, elle ne nous définit aucun dieu, aucun dogme, mais elle nous montre par quel chemin viendront tous ceux qui sont ni des menteurs ni des idoles. Je le crois en vertu de mon expérience, il existe le plus-être, le mieux-être, tous deux absolus qui se nomment progrès dans la conscience, liberté et moralité ; et ces degrés supérieurs d’existence se gravissent par la concentration, l’épuration, le plus grand effort. Pour grandir dans la vérité, il faut cheminer le dos tourné à la matière, et non travailler à la rejoindre pour se fondre en elle. Le véritable appel du cosmos, c’est une invitation à venir participer consciemment au grand travail qui se mène en lui.

(B) VERS LE SURHOMME

1ère étape : la domination de l’univers : Renoncer à se laisser balloter par les déterminismes de la matière ne signifie pas qu’on la dédaigne mais que c’est à travers la science que l’on peut reconnaître la richesse de ses possibilités et des nombreuses vertus qu’elle cache, cela afin de la dominer et d’accéder à de nouvelles phases de son évolution. Les bénéfices que l’humanité pourra en tirer sont immenses : rajeunissement, développements artificiels des organes, développement des cerveaux, découvertes d’énergies nouvelles etc … mais attention, il est dangereux de provoquer la science. Soutenu dans l’espoir de se béatifier lui-même en découvrant la matière, l’Homme se voue ainsi à découvrir le « grand secret » et s’enveloppe de reflets mystiques, le savant risque de s’attribuer un pouvoir divin.

2ème étape : la ségrégation de l’humanité : Par l’effort qu’il développe pour maîtriser la matière, l’Homme affirme sa supériorité sur le reste des choses, il se dégage de la foule, il apprend à s’intéresser à lui-même, à reporter sur son être l’intérêt qu’il portait à l’univers. Et ainsi, après avoir reconnu une première erreur, l’exagération du culte qu’il se voue à lui-même, il entrevoit une correction : réduire son attitude panthéiste initiale.
La véritable manière de s’unir à la totalité est d’appuyer de toutes ses forces sur le point privilégié où converge l’effort universel. La loi essentielle du développement des êtres vivants n’est pas la fusion égalitaire de tous les êtres vivants, mais la ségrégation par laquelle une élite peut éclore, murit et s’isole. Je pense en cela que ce privilège appartient à l’humanité. Peu importe, au regard de l’historien, que l’Homme n’apparaisse pas immédiatement digne d’une si haute fonction, l’important est que l’Homme puisse découvrir par lui-même son destin privilégié. (ndlr : en cette page 28, j’émets des réserves, il n’était pas évident de voir où Teilhard voulait en venir, ses phrases prêtant à confusion).

C’est l’Homme sans aucun doute qui constitue la partie active de l’univers, il est le bourgeon dans lequel la vie se concentre, il est la fleur de tous les espoirs. Par delà les guerres et les fumées des usines, l’initié, pour rester fidèle à l’appel cosmique, doit se retourner de toute son âme, il doit se trouver et s’aimer lui-même. (ndlr : rapprochement avec l’Evangile « aime ton prochain comme toi-même pour l’amour de Dieu »). La monade ne peut être absolument elle-même qu’en cessant d’être seule.
Comme les cellules à qui reviennent dans le corps des places et des fonctions particulières, les aptitudes individuelles au milieu de la société se dessinent, se distribuent, se soutiennent de la même manière et, selon la même logique, Autant il est puéril d’exagérer les analogies organiques que présentent les groupements sociaux, autant il serait superficiel de ne rien apercevoir que d’arbitraire et de contingent. Les liaisons humaines représentent un travail essentiel dans la série des perfectionnements de l’univers. Concourir à leur développement représente plus qu’une opération de surface, c’est une participation fondamentale dans la logique de la cosmogénèse. Longtemps absorbée par le travail de construction des organismes, la vie ne commence que maintenant à s’aménager intérieurement . Bien plus que par les transformations organiques, l’évolution se continue actuellement par des perfectionnements d’ordre psychologique. En vertu de quelles ré actions , se faisant de l’esprit à la matière, les progrès refluent-ils dans la lumière intérieure sur tout l’être et toute l’espèce pour les parfaire organiquement ? Quel état nouveau d’existence l’harmonisation des énergies sociales arriveront-elles à créer un jour ? En fait, ils sont nombreux les fidèles de la foi au progrès humain. On peut leur opposer le spectacle déconcertant des luttes humaines, ils s’obstinent dans leur espoir. Accepter que l’humanité dérive, avouer qu’aucune promesse ne vit en elle, ne serait-ce pas reconnaître que le cosmos est un leurre ? Non, une telle tricherie est inconciliable avec les plus profondes assurances de l’Etre.
Sous les efforts combinés de la science, de la moralité et de quelque association se forme une surhumanité, dont l’origine et la physionomie, peuvent être à chercher du côté de l’esprit

3ème étape : la libération de l’esprit : A mesure que l’homme s’éveille dans la conscience de sa valeur personnelle et des fruits récoltés dans les groupements sociaux auxquels il adhère, il cesse de mettre ses complaisances en la matière. Au premier moment de son éveil cosmique, il ne tarissait pas d’éloges sur les trésors de notre Terre. Maintenant, son attention est attirée par les œuvres combinées de la nature et de ses propres réflexions. La Matière a fini d’être pour son esprit la reine de toutes les promesses, il a tendance à voir en elle une sorte de coquille que l’on sème en chemin parce qu’elle est obscure, tandis que le progrès s’en va vers la lumière. L’intérêt du travail du monde consiste peut-être bien à spiritualiser la matière, si non à l’éliminer.
Voilà l’idée nouvelle laquelle, peu à peu, s’allume dans l’âme noble et fidèle.
A l’appel de cette espérance, certaines considérations permettraient de croire que la reddition de l’esprit à la matière n’est pas impossible et serait même continue. (ndlr : cf l’idée de « création continue » de Teilhard que nous avons déjà étudiée). Voici développée cette idée de reddition de l’esprit à la matière.
Toute activité, par le fait qu’elle fonctionne, s’incruste de mécanismes qui facilitent l’exécution des actes mais, en même temps, alourdissent toute spontanéité. L’action la plus consciente se charge d’habitudes, lesquelles se transforment en réflexes acquis, lesquels deviennent des qualités héréditaires. Les instincts automatiques des insectes semblent bien n’être que d’anciennes spontanéités. A ces « habitudes » vient s’ajouter l’effet de foule qui accentue les tendances. Rien n’est plus difficile à faire évoluer que cet effet de foule. Les lois de la physique n’ont pas de meilleure assise.
Au-dessus de nous, les grandes collectivités dont nous représentons les atomes, nous investissent et nous dominent par des courants supérieurs, nés sans doute de la confluence de nos mouvements et de nos passions, mais dont la maîtrise nous échappe parce qu’elles émanent d’un centre plus haut que nous. Tel un dépôt lentement concrétionné dans le tissus de notre âme, la matière tend à gagner du terrain en nous et c’est la preuve, par un effet contraire, que nous pouvons faire perdre du terrain à notre conscience.
La clef de voûte de l’univers, à défaut de laquelle tout s’effondrera, c’est la monade intellectuelle. Le conscient succède à l’inconscient, tout ce qui existe est à base de pensée. La conscience doit pouvoir se rallumer partout. Ainsi les décisions de la pensée philosophique venant rejoindre les insinuations de l’expérience, nous entrevoyons comme possible la spiritualisation de l’univers. Par une organisation et une volonté plus fortes, l’individu peut développer le potentiel de conscience de l’humanité ; telle est la mission cosmique. A la fin des temps, l’esprit aura absorbé la matière (ndlr : ou l’aura quittée).

4ème étape : la paix que donne le monde : Parvenu à ce point de l’épuration de ses vues, l’Homme se retourne sur lui-même pour aller à la recherche de l’Elément absolu de l’univers. Maintenant, il a trouvé un sens à la vie. Il rentre donc dans l’abri secret de son cœur et découvre qu’il n’est plus le même homme ; non pas qu’il ne s’aime plus ce qui serait absurde, mais il s’aime autrement. Il ne se croit plus seul car une légion d’autres hommes luttent à ses côtés, ils discernent l’élaboration d’un « Grand œuvre » dont ils font partie ; ils sont les éléments de la déesse immanente du monde… Leur seule ambition est de travailler pour les progrès de l’univers, aussi modeste que soit leur action. Leur objectif : faire refluer leur spiritualité dans les régions supérieures de l’être. La difficulté excite, inverse et complémentaire de l’appétit au bonheur ; elle est le sang de leur évolution. (ndlr : j’ai concentré à) l’extrême l’apologie à la souffrance de TDC)

5ème étape : la plainte de l’âme : Au moment même où je croyais avoir atteint une paix méritée, j’entendais les cris de mon âme sacrifiée injustement. Dans la religion de l’évolution divine la personne ne compte pas, l’individu n’a d’importance que relativement au progrès général et l’amour qu’il dérobe pour son bonheur personnel est une dissipation d’énergie.
Perdus dans la masse des générations qui se succèdent comme les vagues de la mer, nous devons succomber et ne rien voir du succès final ; tout cela sans être certains qu’il y en a un, un tel piétinement est-il possible ? Si encore tous mes efforts étaient recueillis et transmis, je pourrais me consoler dans la trace de mon travail ; les graines ne tombent pas toutes dans la bonne terre mais, quoi que l’on fasse, il y a un déchet, infime est mon rendement.
Or c’est elle, cette monade que je vois condamnée à perdre les déterminismes de son individualité, à disparaitre sans résidus, annihilée par une divinité hypothétique et sans visage. Des prophètes du panthéisme se sont élevés pour me promettre, au nom d’une extraordinaire métaphysique, la persistance de mon âme à travers les combinaisons de l’univers.
Qu’elle descende donc du ciel, si elle ne s’entend pas sur la terre, la Parole qui synthétisant les ardeurs de l’âme et les exigences du cosmos, nous révèlera par quelle mystérieuse organisation des extrêmes les aspirations individuelles peuvent se consommer

Mercredi 21 Janvier 2015 11:50