Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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« La montée de l’autre » est le titre du 3ème chapitre du tome 7 de l’œuvre originale de Teilhard, thème qu’il développe sur 18 pages très riches en sujets abordés. Je me suis limité à proposer une interprétation portant uniquement sur le titre.

Toutes les spiritualités s’accordent pour dire que le sentiment de la « montée de l’autre » est la clef de voûte de la réussite de l’humanité. Or, il semblerait que l’effet de la compression subie par le genre humain soit due à la surface limitée de la terre accueille un nombre croissant d’individus, ce qui provoque en retour un effet de répulsion de l’autre ; circonstance aggravée par le développement technologique des sociétés. Il existe des contre-exemples, c’est le cas des pays pauvres, à forte tradition religieuse, dont la surpopulation liée à une grande misère induit dans ces communautés un effet termitière subi, qui n’a rien à voir avec une fraternité délibérément acceptée. Cette situation correspondrait plutôt à un retour du sens de l’espèce (sujet que Teilhard a traité dans son 13ème chapitre de L’ACTIVATION DE L’ENERGIE).

Certaines disciplines scientifiques, comme la PNL (programmation neuro linguistique) enseignent qu’en deçà d’une certaine distance entre deux personnes (2 bras mis bout à bout) le flux de la communication était perturbé par un réflexe de défense, répulsion pouvant aller jusqu’à la fermeture de l’écoute qui s’analyse comme une atteinte à la zone vitale individuelle. Ce même phénomène est constaté dans le cas de mise en concurrence à l’intérieur des zones d’activité d’un individu, d’une entreprise ou d’une ethnie.

Si nous décidions d’assumer les conséquences de ce raisonnement, nous devrions réprimer cette répulsion naturelle par l’éducation de nos consciences dans le sens de « la montée de l’autre ». Le phénomène de compression physique et morale de l’humanité étant irréversible, sauf cas de guerre mondiale ou de catastrophe naturelle planétaire, le développement du sens de l’altérité est une évolution incontournable et nécessaire de notre conscience. L’autre existe, il n’est pas forcément un ennemi, il peut même devenir un partenaire pour défendre notre vie. L’égoïsme doit s’effacer devant cette nécessité

-Le principe de nécessité, qui apparemment, se manifeste automatiquement dans les circonstances de danger de masse immédiat et imparable comme les guerres et les catastrophes naturelles, serait-il programmé dans notre système neuronal sous la forme d’un code du genre : seul on ne peut rien ?

-Le principe de nécessité pourrait-il aussi intervenir dans les cas de menace sournoise que l’on ne voit pas venir, qui avance lentement et inexorablement comme, par exemple, la poussée démographique, les atteintes à l’environnement, l’épuisement des ressources naturelles de la planète, etc… Tous ces dangers dont la prise de conscience n’est pas à la portée des individus, mais seulement des organisations institutionnelles ?

La réponse est oui, mais sous certaines conditions très lourdes, ce n’est plus l’individu qui décide, mais des systèmes organisationnels collectifs qui, eux seuls, sont en mesure de conduire les observations, faire des réflexions analytiques, construire les synthèses optimales, peser le pour et le contre entre avantages et inconvénients, et enfin avoir les moyens financiers pour réaliser les décisions prises collectivement.

Quelles sont les caractéristiques de ces dangers lourds dont l’avance est discrète et inexorable ?

1. Il semblerait que la progression démographique soit à l’origine de tous les problèmes car elle est la cause de l’effet de compression, et sa régulation qui est possible ne fait sentir ses effets que sur de longues périodes générationnelles. En revanche, cette compression déclanche des réactions primaires immédiates et irraisonnées.

2. La compression de l’humanité induit l’organisation d’appareils de sociétés dans lesquels l’intérêt général passe devant l’intérêt particulier. L’individu devient anonyme, il est écrasé sous des cascades de hiérarchies, les systèmes sont des appareils extrêmement complexes et lourds dont les rétro actions en obscurcissent la compréhension. Même ceux qui ont conçu les systèmes ne les comprennent plus eux-mêmes. Les systèmes oscillent entre auto régulations et emballement, produisant ainsi dans les deux cas un effet de crise.

3. Circonstances aggravantes, les progrès techniques créés par l’homme qui les contrôle plus ou moins accélèrent l’Histoire, ce qui était vérité hier ne l’est plus demain, l’évolution de la société va plus vite que les capacités d’adaptation des individus, elle est irréversible.

Devant de telles perspectives, l’homme se replie sur lui-même et perd le sens de l’espèce. Réaction d’autant plus logique que, depuis qu’il a franchi le pas de la réflexion, l’homme se dégage de ses instincts animaux et prend son avenir en main, il acquiert une liberté qu’il craint et qu’il souhaite à la fois ; paradoxe lié à l’élévation de la conscience et qui ne fera que croître. L’homme doit apprendre à vivre dans le paradoxe et c’est le prix qu’il doit payer pour acquérir plus de liberté.

Si l’homme prend conscience qu’il est à l’image de son Créateur, il ne pourra éviter de se rendre compte que l’autre est un autre lui-même. Nous sommes tous frères en Dieu.


Dans l’univers de la matière règne une loi selon laquelle tout progrès se paye par une dissipation d’énergie. A l’échelle de l’humanité cette loi se manifeste par ce que l’on dénomme « les individus laissés sur le bord de la route ». L’homme doit avoir conscience que l’espèce humaine est conçue pour aller dans la direction inverse et doit lutter contre cette tendance. Cette prise de conscience s’appelle la foi. La foi est un état de tension, elle joue comme un catalyseur. Au sens chimique du terme, le catalyseur est un élément qui, par sa seule présence, en quantité infime, sans rien perdre de sa substance, provoque une réaction inexplicable, mais bien réelle.

Principe de récurrence oblige, la foi est un catalyseur qui déplace les montagnes. La Montée de l’autre changera l’avenir de l’humanité pour conduire l’homme à Omega, s’il le veut bien



Lundi 1 Décembre 2008 14:38