Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Contraction de texte du Chapitre 4 des ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE
Sujet de travail à présenter le 24/04/2015


Jean-Pierre Frésafond/La communion avec Dieu par la Terre
(A) LE CHRIST COSMIQUE

Le Christ est uni à toutes les âmes saintes, formant ainsi une masse sanctifiée. Les âmes forment avec l’univers un bloc unique cimenté par la vie et la matière. Le Christ a un corps cosmique étendu à tout l’univers. L’Incarnation est une rénovation de toutes les puissances du cosmos.

Dès l’origine de la création un labeur a commencé au cours duquel les déterminismes s’orientaient vers la préparation d’un fruit inespéré et pourtant attendu. Les énergies et les substances du monde s’épurent et se concentrent, leur point d’attache avec l’Absolu est la Déesse-Mère représentée par la Vierge Marie.
Depuis que Jésus est mort, tout a continué à se mouvoir parce que le Christ n’a pas achevé de se former. Ni le Christ mystique n’a pas atteint sa pleine croissance ni donc le Christ cosmique, l’un et l’autre « sont » et ils « deviennent ». Dans la prolongation de cet engendrement est le ressort ultime de toute activité créée. Par l’incarnation qui a sauvé les hommes, le devenir même de l’univers a été transformé, sanctifié. Le Christ est le terme de l’évolution.
L’évolution est sainte, voilà la vérité libératrice, le remède divinement préparé aux intelligences fidèles qui souffrent de ne pas savoir concilier en elles deux éléments également vitaux : la foi au monde et la foi en Dieu.

(B) LA SAINTE EVOLUTION

1-La main de Dieu sur nous
Le monde se crée encore et en lui c’est le Christ qui s’achève. Lorsque j’ai entendu et compris cette parole j’ai réalisé que j’étais plongé en Dieu par toute la nature. Au cours de la crise païenne déchaînée en moi par l’invitation cosmique, je m’étais détendu lascivement dans le geste instinctif d’une autonomie excédée de son étroitesse et de son impuissance. Malheureusement, la Divinité que j’avais cru entrevoir était tentatrice et dissolvante ; son visage séducteur était le masque d’une pensée absente et d’un cœur vide. Maintenant je retrouve la possibilité de me laisser aller à mon impulsion première, sans risquer de me diminuer. Chaque effluve qui me traverse émane de la Main de Dieu et me transporte à la façon d’une énergie subtile et essentielle. Les volontés de Dieu transparaissent et se personnifient dans l’humanité, je rencontre et je subis le contact dominateur et pénétrant de sa main. Bénies soyez-vous Sainte Vie et Sainte Matière par qui je communie en même temps à la genèse du Christ , je nage en l’action créatrice de Dieu (…) En cette première vision fondamentale s’ébauche la réconciliation du Royaume de Dieu et de mon amour cosmique.

2-La lutte avec l’ange
Dès lors que nous ne sommes plus des nourrissons mais des adultes achevés, nous devons aider activement le Créateur en respectant les lois de la nature afin de parachever le Christ. Il importe à notre action de prendre quelques facteurs déterminants. En quoi la ségrégation des élus en une masse sainte peut-elle être influencée par les découvertes de la science pure ? Comment le Christ se réalise-t Il dans l’évolution ? Admettons que les fruits de l’arbre que nous cultivons naissent indéfiniment, semblables entre eux, aucune transformation profonde ne se fera et l’espèce humaine ainsi que le cosmos n’auront plus aucune promesse d’avenir et descendront vers une dégénérescence inéluctable. A la manière des corps, le cosmos ne tient que par son élan et, au minimum, travaillons à soutenir l’effort terrestre jusqu’à ce que le corps du Christ soit consommé. Ce serait trop peu que nos labeurs se bornent à un simple effort d’entretien ; ne perdons pas de vue que le cosmos est périssable . Par son âme, l’homme prend pied sur un palier ontologiquement nouveau et, qui nous dit que sur ce palier aucun glissement vers le bas soit exclu ? Qui sait quelles étonnantes espèces d’âmes les persévérants efforts de la science sont en voie de faire naître et sans lesquels la perfection mystique ne saurait s’achever ? Allons jusqu’au bout dans nos ambitions humaines. Toute l’économie de l’Eglise par ses dogmes et ses sacrements nous enseigne le respect et la valeur de la matière. Le Christ a voulu et a dû prendre une vraie chair et Il sanctifie la chair humaine par un contact spécial ; Il en prépare physiquement la résurrection.
Dans la conception chrétienne, donc, la matière conserve son rôle cosmique de base inférieure mais primordiale et essentielle de l’union par assimilation au Corps du Christ, quelque chose d’elle-même est destiné à passer dans les fondements et les murs de la Jérusalem céleste. Sans pouvoir le prouver, l’Esprit cosmique aime cette espérance de résurrection de la chair. Qu’importe, l’inconscient coopère bien à la vie.
A un autre point de vue, la philanthropie, vertu entièrement laïque, est bien apte à se transformer toute entière en divine charité. Pourquoi le culte de la terre ne se muerait-il pas en une grande vertu innomée qui serait la forme la plus générale de l’amour de Dieu, trouvé et servi dans la création ? Ce duel esprit/matière est symbolisé par le duel de Jacob contre l’ange , véritable étreinte qui se prolongera jusqu’à la fin des temps.

3-Le sens de la Croix
La lutte coûte, la terre gémit pour enfanter le Christ, le progrès avance lentement, douloureusement. Pour agir en conformité avec son idéal nouveau, celui qui a résolu d’admettre l’amour et le souci du monde dans sa vie intérieure, se voit assujetti à un suprême renoncement. Il est voué à se poursuivre lui-même hors de lui-même, c'est-à-dire à aimer le monde plus que soi.
L’homme doit accepter le rôle de l’ atome qui accomplit, fidèlement mais sans honneur, la fonction pour laquelle il existe ; il lui faut consentir à être quelque jour la parcelle d’acier qui tuera le soldat de la première vague : « la surface utile et sacrifiée du cosmos en activité » .
Il faudra à l’homme se résigner à être un « inutilisé » qui sortira de l’existence avec une âme tendue par les circonstances adverses qui ne lui auraient pas permis de s’extérioriser. Les « obscures » doivent se réjouir dans la supériorité des autres, ils soutiennent et paient leur triomphe. Le devoir de servir le monde est aussi lourd à porter qu’une croix et c’est pour nous former à le croire que Jésus a voulu sa mort. Nous voudrions pouvoir espérer que la douleur et la méchanceté sont des conditions transitoires de la vie que la science et la civilisation élimineront un jour. Plus l’humanité se raffine et se complique, plus les probabilités de désordre se multiplient et leur gravité s’accentue…
La vérité sur ce monde c’est que nous sommes en Croix… Or Jésus n’a pas voulu que sa douleur fut un simple avertissement. Jésus au calvaire est le centre de confluence et d’apaisement de toutes les souffrances terrestres. Au cours de sa Passion Jésus a senti, porté toutes les douleurs humaines en une prodigieuse et ineffable synthèse. La souffrance et le péché, sans le Christ, auraient été le « crassier » de la terre. L’homme a compris qu’il n’était pas pour lui de plus efficace moyen de progresser que d’utiliser l’horrible et repoussante douleur. La douleur, le chrétien la sent comme les autres. Comme les autres, il doit s’efforcer de la diminuer et de l’adoucir. Il doit s’effacer et la dominer par la prière et par la science. Par une merveilleuse compensation le mal physique consume le mal moral ; suivant des lois psychologiques définissables, il aide l’âme à le supporter.
Enfin, à la manière d’un sacrement, il opère une mystérieuse union du fidèle au Christ souffrant. .. Offrir à Dieu la peine du monde.

4-La place de l’enfer
Le Christ, en s’insérant dans l’évolution, en a perfectionné et fécondé à l’extrême les ressources et les mécanismes. Pourquoi faut-il alors que la genèse du Corps Mystique, théoriquement possible sans perte, s’accompagne en fait de la dissipation d’énergie et de vie, due aux innombrables fautes mortelles et vénielles ? A cette question l’homme ne sait pas répondre, mais il ne s’étonne pas que là comme ailleurs un « enfer » soit le corollaire naturel du ciel et il apprend à le redouter.
-Suivant les vues « classiques » la souffrance est avant tout une punition, une expiation, son efficacité est celle du sacrifice, un rachat.
-Suivant les idées « nouvelles » , au contraire, la souffrance est une conséquence, le prix d’un travail de développement et sont efficacité est celle d’un effort.
La Croix est le symbole du travail ardu de l’évolution plutôt que celui de l’expiation.
Tout de même, entre l’ascèse expiatrice et celle de la vie cosmique, il y a une forte divergence d’accentuation. Il était loyal que je le fasse remarquer.

Notes datées du 17 mai 1916

Dimanche 22 Mars 2015 14:58


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