Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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MILIEU DIVIN, Editions du Seuil
Réflexion pour octobre 2014


Jean-Pierre Frésafond / PROGRES COLLECTIF DU MILIEU DIVIN  /  LA COMMUNION DES SAINTS  et LA CHARITE
-On ne pouvait pas le savoir avant d’avoir lu le MD et je pense qu’on ne peut pas l’aborder avant d’avoir lu tous les autres livres de l’auteur. Aussi, je prie les néophytes de visiter d’abord nos travaux du début, puis les quatre autres titres que nous avons étudiés au cours des sept années précédentes.

J’ai divisé ma réflexion en 3 paragraphes.

1) REMARQUES PRELIMINAIRES SUR LA VALEUR INDIVIDUELLE DU MD

L’étude des âmes seules (cas élémentaires) doit précéder celle des âmes déjà plongées dans un milieu social composé de toutes les âmes existantes. C’est une question de méthode scientifique dit Teilhard. Sur le fond, j’ai un point de désaccord avec l’auteur quand il écrit : « Dieu se présente et se donne aux âmes différemment en fonction du niveau que chacune d’elles a pu atteindre. » A mon avis, la puissance et l’intensité des ondes en provenance de l’Esprit Divin sont constantes et identiques dans tout l’espace-temps et c’est aux âmes, en fonction du degré d’évolution qu’elles ont atteint, d’améliorer leurs performances de réception. Actuellement, l’humanité en est à la phase « balbutiements » en ce qui concerne cette fonction de réceptivité et, seul un Homme nommé Jésus a pu atteindre la perfection de la réceptivité ; encore lui a-t-il fallu mourir pour atteindre cet état.
Dieu émet le tout de son esprit, uniformément dans tout l’univers, soit la totalité des informations qui ont fait que l’univers soit ainsi, un nombre infini et inimaginable d’informations ; ne pas inverser les rôles , ce sont les éléments eux-mêmes qui, selon leurs aptitudes perçoivent ou ne perçoivent pas toutes ces informations. Tel est le phénomène humain et ses limites.
L’âme du Christ est un élément qui a évolué vers un degré de perfection maximal durant sa vie . Quand il fut mort physiquement il a rejoint le MD de son Père, le Créateur, auteur de tout ce qui est, mais Il n’est pas le Créateur, Il est le modèle à suivre voulu par le Créateur. « Vous êtes tous des Elohims » a-t-il dit à ses apôtres (potentiellement, bien sur). Pour nous, éléments lambda, il nous faudra plus de 33 ans pour atteindre cet état …Teilhard est même optimiste quand il écrit : « Un seul homme est sauvé, le Christ, résumé vivant de l’humanité ». Il est même désespérant en mettant la barre à ce niveau !

2) INTENSIFICATION DU MILIEU DIVIN PAR LA CHARITE

Ma réflexion va tourner autour d’une citation de Teilhard : « Une seule âme ne suffisant pas pour que l’univers atteigne le stade du plérôme (fut-elle exceptionnelle), l’univers des âmes entre elles, la synergie qu’elles dégagent, est le seul moyen d’atteindre le plérôme. »
Dans ce phénomène il se passe quelque chose d’extraordinaire : la valeur du Tout est supérieure à la somme de ses éléments, ce qui fait dire à Teilhard : « Le seul sujet définitivement capable d’opérer la transformation mystique est le groupe humain qui ne forme plus qu’une seule âme et cette coalescence des unités spirituelles de la création, sous l’attraction du Christ, est la suprême victoire de la foi dans le monde. » Telle est probablement l’utilité du phénomène christique qui prolonge le phénomène humain. La charité n’est pas destinée à donner seulement à manger, mais aussi à donner à penser; l'homme a deux niveaux d'existence, le biologique et le spirituel.

3) LES TENEBRES EXTERIEURES DES AMES PERDUES

Curieusement, page 189, Teilhard se fait l’avocat du diable (c’est le cas de le dire) et voici ce qu’il a écrit : « Mon Dieu ! parmi tous les mystères auxquels nous devons croire (moi, je ne m’y sens pas obligé) celui qui nous heurte le plus est celui de la damnation. »
Cette remarque me surprend car dans son chapitre intitulé « L’Atomisme de l’Esprit » (tome-7) il considère normal que dans tout processus évolutif le rendement ne soit pas de 100%, autrement dit, il est logique qu’il y ait une déperdition d’énergie ; tout progrès a un prix. Je crois même que l’auteur a employé le mot « déchet » ! A mon avis, si l’on suit son raisonnement concernant l’évolution qu’il définit comme étant un processus pour fabriquer de l’énergie spirituelle, la partie « déchet » concernant des êtres vivants humains n’ayant ni trouvé en eux ni développé ce que nous nommons « âme » ceux là n’auront pas franchi le seuil critique de complexité permettant de survivre après leur mort physique. Teilhard ajoute : « Nous pourrions comprendre l’enfer s’il s’agissait d’une retombée dans l’inexistence. » Très chrétiennement, Teilhard s’insurge contre cette injustice et cette émotion est un bon sentiment, mais il y a tellement de choses qui sont injustes, comme l’inégalité de chances à saisir pendant notre vie …Mais est-on certains que ceux d’entre nous qui vont aller au ciel l’aient vraiment mérité ? La perfection totale existe-t-elle au Paradis ?
Puis Teilhard se console (p. 191) : « L’enfer donc, par son existence, ne gâte en rien le Milieu Divin, il opère une grande chose pour lui, il lui donne du relief. » On retrouve dans cette réflexion le fatalisme oriental. Parmi les éléments humains il y a finalement ceux qui envoient une sphère de pensée au paradis, et ceux qui recyclent leurs atomes dans les boucles infernales de la matière in vitam aeternam. In fine Teilhard retrouve son bon sens philosophique et propose la conclusion suivante : « Seigneur, ai-je besoin de forcer ma réflexion pour voir dans le mystère de l’enfer un élément structurel de l’univers. »

Mercredi 15 Octobre 2014 16:57