Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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LES DERNIERS CHAPITRES DE "L'AVENIE DE L'HOMME", Editions du Seuil


Les chapitres concluant ce livre forment une suite cohérente. Cependant, comme pour toute l’œuvre de Teilhard, j’émettrai une réserve, toujours la même : rien n’est fait pour toucher les non chrétiens et les non croyants qui représentent les quatre cinquième de la population mondiale.
Selon Teilhard et les religions chrétiennes, en dehors de celles-ci il n’est point de salut possible. Jamais un mot pour les musulmans, les Hindouistes ou les animistes alors que ces derniers sont pourtant proches de Teilhard qui, lui aussi, revendique un panthéisme de convergence. Le dogme chrétien est difficile à admettre et à comprendre pour les profanes ; c’est une évidence que l’Eglise a du mal à comprendre.


Chapitre 20 : LES UNIFICATIONS

Paradoxalement Teilhard hésite entre deux hypothèses
-Celle d’un chaos contre nature qui serait selon lui évitable,
-et celle d'un chaos naturel inévitable, livrant au hasard l’évolution des tendances vers le mal ou vers le bien.

Non seulement l'auteur ne définit pas convenablement le chaos, mais il adopte le « mythe de la souffrance » si cher au Vatican et à d'autres sensibilités chrétiennes, contre lequel il s’est par ailleurs opposé.

Les Evangiles sont pourtant claires sur ce sujet avec des paraboles comme celle du bon grain et de l’ivraie (Matthieu 13: 24) ou celle qui évoque beaucoup d’appelés mais peu d’élus (Matthieu 22. 1-14).

N’oublions pas deux règles importantes :
-la première est celle où tout progrès se paye par une déperdition d’énergie ;
-la seconde est que le chaos est un ordre caché. Notre challenge consiste donc à découvrir cet ordre, et à faire monter notre niveau de conscience pour échapper au destin de « dissipation d’énergie ».

D’autre part, face aux mystères posés par la notion de Créateur, plutôt que de cultiver la peur ou le refus, cultivons la curiosité et l’attitude de travail sur soi pour élever notre niveau de conscience. Cette attitude est préférable à la peur et au mythe de la souffrance soit disant salvatrice ; ce qui est le constant message de Teilhard.

D’ailleurs, la citation de Camus choisie par Teilhard signifie la même chose que ce que je viens d’exprimer ; encore fallait-il l’expliquer : « Si l’homme reconnaissait que l’univers peut aimer, il serait ressuscité » . Quel dommage que Camus soit mort si jeune car, selon ceux qui l’ont lu, il représenterait plutôt la tendance nihiliste et existentialiste.

Chapitre 21 : DE L’HUMAIN à L’ULTRA HUMAIN

Teilhard évoque « Le rayonnement vital des planètes » . On peut toujours rêver mais pourquoi pas ? Il y a quelques siècles, l’idée d’un métal émettant un rayonnement mesurable avec un appareil eut produit le même sourire moqueur. Et pourtant, depuis la nuit des temps, les médiums affirment que nous pouvons ressentir la présence d’une personne cachée derrière nous, ainsi que la pensée d’un être cher et lointain, voire même celle d’un être disparu. Tous ceux qui ont ressenti ce type de phénomène ne sont ni des fous ni des êtres surnaturels. La transmission de pensée n’est pas une illusion. Peut-être qu’un jour l’appareil de détection et d’utilisation des ondes spirituelles existera. Il peut se faire que l’on saura greffer dans notre cerveau une « puce électronique » similaire qui, elle, permettra de capter l’énergie et l’information initiales… mais là, je rêve !
Dieu permettrait-il que nous devenions son égal avant de nous être débarrassés de notre corps? Or, son Envoyé Spécial, Jésus, a dit des choses semblables : « Vous êtes tous des Elohimes » (Psaume 82.6 et Jean 10. 33-35) ou encore « Cherchez d’abord le Royaume et la Justice de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît » (Matthieu 6. 33).
Cet « Envoyé » est-il une aberration de notre cerveau ou un messager authentique du Créateur ? La suprême initiation que nous nommons « la mort » permettra de vérifier l’authenticité de ce message et de connaître sa nature. Dans le cas contraire, nous ne nous poserons même pas la question, étant dans l’incapacité de le faire.

Chapitre 22 : LA FIN DE L’ESPECE … VIEILLISSEMENT OU CATASTROPHE ?

Il faut différencier : la fin d’une espèce animale, de la fin de notre planète, ainsi que la fin de notre planète et celle de l’univers. Les trois phénomènes ne sont pas à la même échelle et ne peuvent se produire en même temps, sauf à imaginer un carambolage universel, astronomiquement peu probable. Avec Teilhard, je pense que la fin de l’espèce humaine peut être causée soit par son vieillissement, soit par une catastrophe provoquée par l’homme et, dans ce cas, la question peut être posée en deux termes :
« paresse ou perversion » « L’homme a le devoir d’être actif, la paresse est impardonnable. La perversion est une maladie, elle est pardonnable ».

Quoi qu’il en soit, comme le dit Teilhard, « Il ne faut pas fermer les yeux face à notre destin, mais regarder froidement l’ombre de la mort, elle ne s’exorcise pas, elle s’affronte en connaissance de cause. »
Que voilà une sage et lucide devise, elle ne laisse pas d’autre choix que « d’aimer la trajectoire de l’évolution » (autre devise de Teilhard).

Que cette idée du salut de l’espèce soit une évasion de l’esprit me convient très bien et je me suis exprimé sur ce point dans le chapitre 22, mais j’y ajouterai un bémol : toute vision de notre esprit n’est ni forcément une aberration de notre psychisme ni une illusion ; mais la différence est ténue entre une intuition et une aberration, la preuve en est la suivante : par le rêve les hommes inventent les dieux, ainsi naquirent les religions; mais à partir de cet instant la perversion, l’ambition et l’égoïsme de certains êtres dominants peuvent intervenir pour favoriser leurs intérêts et, à ce moment là, l’esprit malin de ces hommes intervient sur notre psychisme pour nous faire prendre des vessies pour des lanternes . L’âge d’or n’est pas derrière nous, il est devant nous, par notre intermédiaire et par notre action. A partir de cet instant il nous faut distinguer l’élan vital animal de l’élan vital de l’esprit. C’est en cela que réside la différence entre le bien et le mal.

Contrairement à ce qu’écrit Teilhard dans ce chapitre, et là il se contredit, une telle conception de notre destin n’est pas un idéal païen au sens négatif du terme mais c’est un idéal païen en ce sens qu’il ne coïncide pas avec la doctrine chrétienn;, mais qu’à cela ne tienne il est en conformité avec les lois de l’esprit. Cet idéal païen est celui de Teilhard dans son livre « Le Cœur de la Matière » (tome page 90, lire
« l’hymne à la matière »). Si le panthéisme de Teilhard est païen, je veux bien être païen. Dans ce chapitre je ne comprends pas pourquoi Teilhard qualifie de « petit bourgeois » cet « âge d’or » qui serait devant nous et ce d’autant moins qu’il ne s’agit pas d’un prêt à porter spirituel mais d’un travail approfondi, celui que requiert le « panthéisme de convergence » auquel il se réfère. Toute promesse de salut concerne un « âge d’or » quelle que soit la forme qu’il prenne.
Le « moulin à prière » et la « curiosité inextinguible » sont deux voies de recherche différentes, aussi longue l’une que l’autre et toutes les deux conduisent au même centre. La première formule s’adresse à l’inconscient et la seconde à la réflexion.

Chapitre 23 : CONCLUSION
Le Comité de rédaction créé par Mademoiselle Mortier (héritière morale de l’œuvre de Teilhard) a repris un texte de Teilhard écrit antérieurement. Pour la présentation du livre, le Comité de rédaction a extrait le texte ci-dessous expliqué et commenté. Ce texte fera partie d’un livre (recueil de textes de Teilhard) intitulé « L’Hymne de l’Univers » paru très ultérieurement chez Point-Sagesse aux Seuil, n° 57.
On y trouve une citation de Saint Paul « Dieu tout en tous » autour de laquelle se construit la conclusion de Teilhard.
Cette citation de Saint Paul a été reprise par Maître Eckart « Dieu en nous ; nous en Dieu » On peut situer la source de cette pensée dans les Evangiles de Jean, notamment dans la « Prière Sacerdotale du Christ » qui reprend la longue prière solitaire de Jésus dans le Jardin des Oliviers, avant son arrestation. (« Ainsi parla Jésus […] Jean chapitre 17)

Cette longue distillation de l’énergie-esprit pour se libérer de la matière me fait penser à la distillation alcoolique qui ne peut atteindre le résultat à 100%. Ce résultat inatteignable fit dire à Edouard Herriot « Dieu est une Asymptote ». Cette citation a été utilisée par le Père Thierry Magnin lors de son homélie funèbre aux obsèques de notre regretté Michel Aubin.
La perfection serait inatteignable à l’esprit de l’homme libéré de son corps….

Selon Saint Jean (14. 1-6) Jésus dit aux apôtres bouleversés : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en Moi… je pars vous préparer une place ». Jésus est donc le seul être humain achevé autant que puisse l’être l’homme.
-On peut donc s’accrocher aux Ecritures, elles sont le mythe fondateur, domaine du rêve et de l’espoir et cette voie convient à certains.
-On peut aussi s’accrocher à la courbe de l’évolution selon Teilhard, elle s’achève dans la noosphère et la convergence de l’esprit ; c’est la voie scientifique et elle convient à d’autres.

-On peut aussi, comme Teilhard, s’accrocher aux deux voies car elles aussi convergent vers le même point : Christ Universel en Omega.


Jeudi 5 Janvier 2012 17:52