Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Travail proposé pour le 18/09/2009




Ce thème arrive logiquement après les deux précédents mais, faut-il s’en étonner si on le place dans la vision globale de L’ACTIVATION DE L’ENERGIE ? Mon travail est une synthèse de ce que je crois comprendre des écrits de Teilhard.

1) INTRODUCTION

Ce phénomène émotionnel est examiné par Teilhard au sens cosmique et biologique du terme et non pas au sens métaphysique.
Il s’agit ici de la crise morale amorcée par le franchissement du pas de la réflexion, nous sommes devant une peur qui évolue vers un paroxysme certain.
Pour calmer cette peur, la seule voie ouverte est de rendre l’univers rassurant en discernant en lui une structure ontologiquement convergente vers l’avant.

Je ferai les remarques suivantes pour bien différencier la pensée classique de la pensée de Teilhard qui est une sorte de révolution.

Pour connaître l’univers la physique remonte le temps, elle examine les atomes, puis les particules, les ondes et, enfin, vient buter sur le mur de Planck, concluant ainsi : on ne pourra pas aller plus loin et, se privant de l’information initiale, elle ne la propose pas en hypothèse de travail. L’inconvénient d’une telle procédure est de présenter une gerbe d’énergie qui s’étale en strates déconnectées les unes des autres et donne ainsi une vision parcellaire des choses.

A l’inverse, Teilhard ne remonte pas le temps mais le descend depuis le moment zéro, puis les moments 1,2,3, etc …jusqu’à nos jours avec le phénomène humain ; ce qui lui offre un horizon ouvert sur une extrapolation de la trajectoire de l’évolution. Il peut utiliser une telle procédure car il fait l’hypothèse de l’existence de l’information initiale déjà présente avant le moment 1.

2e DEVELOPPEMENT

Sur le sujet d’aujourd’hui, Teilhard propose
a) L’analyse des causes de la montée de la peur
b) Les moyens de lutter contre cette angoisse

A) LA MONTEE DE LA PEUR,ANALYSE DE SES CAUSES

-Le pas de la réflexion a généré la prise de conscience de l’univers.
-Cette prise de conscience produit l’angoisse existentielle et le repli de l’individu sur lui-même.
-En conséquence, on peut admettre que plus le niveau de conscience est élevé, plus est forte l’angoisse existentielle. Ce paradoxe s’explique ainsi : en émergeant au-dessus des autres êtres vivants l’homme se croyait définitivement sauvé, persuadé qu’il allait dominer toute la terre. La science devint sa religion universelle et l’homme s’abandonna dans son repli individualiste, allant jusqu’à perdre le sens de l’espèce.

-A l’inverse chez les populations infra-développées (notion très relative) les ethnologues observent l’existence d’une conscience collective toujours très forte (qui est donc plus évoluée), assortie de religions primitives également très implantées.

Dans les deux catégories de sociétés, j’aurais tendance à penser que les hommes inventèrent, qui le « dieu science » et qui le ou les dieux tout puissants. Avec ce besoin de religion, il s’agit du fruit de la raison et, dans le second, du fruit d’une pulsion d’éternité. Dans les deux cas il s’agit bien de la réaction contre la peur accompagnée de l’instinct de conservation de l’espèce.

-Comment peut-on analyser les causes de la peur existentielle ? Teilhard discerne deux peurs différentes
a) la peur de la matière
b) la peur de l’être humain

(a) C’est par ses dimensions vertigineuses que l’univers terrorise, l’infiniment grand et l’infiniment petit et, plus récemment, s’est ajouté le temps car lui aussi est une infinité liée à l’espace. Au milieu de ces trois infinis l’homme est perdu, il n’a aucun point de repère. Mais Teilhard a eu le génie de découvrir une nouvelle dimension, l’infiniment complexe, dans laquelle, enfin, l’homme peut se situer, car il en est la manifestation la plus proche de lui-même, il peut la « toucher » s’il le veut bien ; il peut voir l’univers à travers lui-même. Pour cela, il doit se fabriquer un nouveau regard qui lui permettra de vaincre les deux nouveaux obstacles qui lui sont apparus avec cette nouvelle vision des choses (avec des lunettes on voit ce qui est invisible à l’œil nu).

L’étanchéité d’abord : entre le mystère de la matière et le mystère de l’homme, plus la science avance, plus l’horizon de la connaissance s’éloigne.

L’hostilité ensuite : en élevant son niveau de conscience l’Homme découvre que par tous ses pores sourd le déterminisme hostile de la matière, entropie contre néguentropie.

(b) La peur devant l’humain .
Autrefois se réfugier dans l’humain était réconfortant, pacifiant. Maintenant, dans la société moderne et dense l’homme découvre que celle-ci est opaque, immense et impersonnelle. En réaction, l’homme perd le sens de l’altérité et celui de l’espèce. Hormis les 10% de la population de nos pays qui se réfugient dans les religions, les hommes sont (selon Teilhard) « atomiquement » fermés sur eux-mêmes, croyant avoir trouvé ainsi l’antidote au poison dépersonnalisant de la société.
Ce mal, hélas, ne fait que commencer. Au XIXe siècle le flux total de la population a été de 100 milliards d’habitants. A la fin du XXIe siècle le nombre atteindra ancore davantage de milliards, et tous les paramètres seront en proportion.






B) LE RETOURNEMENT DE LA PEUR (seul moyen de lutter contre l’angoisse)

« Pour ETRE, le monde doit être pensable »
« La seule constatation de l’existence du monde est la preuve, pour notre raison, qu’il possède toutes les qualités sans lesquelles il ne pourrait être pensé »

Ainsi s’exprime Teilhard, lançant une idée nouvelle (principe d’émergence) qui sera reprise par des physiciens cinquante ans plus tard sous le nom de principe anthropique (H. Reeves, Capra, Nicolsen, Wheeler, etc …)

Autrement dit l’existence du monde prouve sa cohérence et sa finalité. Le fait même qu’une chose existe prouve qu’elle possède en elle toutes les qualités sans lesquelles elle n’aurait même pas pu exister (en langage cartésien les effets prouvent la cause).

Une autre citation de Teilhard est fondamentale : « En pensant à l’économie générale de l’être, il n’y a qu’une seule propriété qui peut rendre l’univers pensable, vivable et achevable, c’est le postulat de CONVERGENCE. »

Evidemment, il est plus facile de croire en l’existence de l’information initiale qu’en une finalité espérée, le point OMEGA. La première on la constate déjà tandis que le le point Omega on ne peut que l’espérer ; d’où l’importance de la plus importante des vertus théologales, l’espérance. En somme, l’espérance est un pari. L’Homme passe sa vie à faire des paris sur des gains espérés… pourquoi le plus important de tous ne le ferait-il pas ?

CONCLUSION
Je cite Teilhard : « Parallèlement à ce qui vient d’être dit à propos de la convergence, il est possible que l’éveil de la pensée s’élevant sur le monde induise un souffle de paix, de rassemblement et, l’AUTRE, si terrifiant qu’il nous paraisse, cesse de nous effrayer car, de concurrent il devient unissable et partenaire. »

Celui qui a compris cela n’a plus peur de l’humanité.
Voici une autre citation de Teilhard pour régler notre problème à l’égard de la matière : « Si par tous et chacun de ses éléments, ainsi que le phénomène humain le prouve, l’univers tend à trouver son équilibre supérieur vers le centrique, comment le processus pourrait-ilse continuer et aboutir, si non à l’intérieur d’un système complètement centré sur soi, par la totalité de lui-même ? »


Mercredi 2 Septembre 2009 11:41