Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Travail à présenter le 24/01/2014
Réflexion sur Chapitre 16, tome 10 de COMMENT JE CROIS


-Dans ce chapitre Teilhard essaye une fois de plus de convaincre l’Eglise du bien fondé d’un rapprochement entre la théologie chrétienne et la pensée scientifique moderne ; à l’époque la réponse de l’Eglise est négative et sans appel.

-Soixante ans plus tard l’Eglise entrouvre la porte pour ne laisser entrer partiellement que le concept de cosmogénèse, pilier central de la pensée de Teilhard. Je dis « partiellement » car selon l'Eglise il n’est pas question de supprimer la notion de « péché originel » laquelle pourtant est incompatible avec la notion d’évolution de la matière. En effet, la notion de Rédemption est directement mise en danger car s’il n’y a pas de péché originel il n’est point de faute à racheter. Dans ces condition qu’en est-il du Rédempteur ? Tout le dogme chrétien est construit sur la base d'un Rédempteur qui efface la faute originelle.. Mais il n’y a pas que sur ce point que bloque l’Eglise : l’évolution de la matière induit le panthéisme et « la sainte matière » si chère à Teilhard. Même « convergent » le panthéisme de Teilhard ne passe pas. L’Eglise a donc répondu à Teilhard : faites de la recherche scientifique mais ne faites pas de théologie. Voici une citation de Teilhard qui permet de prendre la mesure de sa déception : « En vérité autant il m’est devenu impossible physiquement de m’agenouiller intérieurement devant la croix-rédemptrice, autant je me sens passionnément séduit et satisfait par une croix dans laquelle se synthétisent les deux composantes de l’avenir : le transcendant de l’ultra humain, soit l’en haut et l’en avant. » Selon lui le Christ n’efface pas une faute inexistante, ce serait absurde et répulsif pour les non-croyants qui devraient être la cible de l’évangélisation.
Le Christ ouvre et éclaire une voie nouvelle pour donner à l’homme une espérance et un sens à la vie.

-Teilhard prend conscience de l’échec dans la communication de message axé essentiellement dans son tome-1 « LE PHENOMENE HUMAIN » lequel est, précise-t-il dans l’introduction, un ouvrage essentiellement scientifique. Il décide, mais un peu tard, de changer son mode de communication.
De scientifique, le message va devenir symbolique : il choisit d’utiliser le symbolisme de la croix, vecteur extrêmement puissant et universel qui touche tous les niveaux de toutes les sensibilités car il est à la fois la résonnance et la raison. Le symbolisme de la croix est visuel et spirituel. Il ouvre les vannes de l’intuition et de la liberté de penser ; face à lui les théologiens sont désarmés, leur rhétorique passe à côté de la cible.
-Le symbolisme de la croix est beaucoup plus ancien que la croix chrétienne, il existait déjà dans de nombreuses traditions antiques : Egypte, Grèce, celtes, bouddhisme, animisme, kabale juive, soufisme. Toutes ces croix n’ont aucune signification sacrificielle.

-Examinons la géométrie de la croix. Elle comporte une ligne verticale qui représente le monde de l’esprit, tandis que la ligne horizontale représente le monde de la matière. Cela ne signifie pas que ces deux mondes soient séparés mais, bien au contraire, ils sont unis par le centre de la croix. La croix est donc un symbole ternaire de synthèse : Esprit/matière/consubstantialité. Leur point d’intersection, le centre, est un aboutissement que le cherchant doit découvrir, puis traverser en passant de l’autre côté de la croix par le monde de l’Esprit. Le but d’une telle initiation est l’éveil dont les religions védantes (bouddhisme, Hindouisme) n’ont pas l’exclusivité. Dans certaines traditions occidentales on trouve une rose rouge au centre de la croix, ainsi que dans le christianisme où parfois la rose est remplacée par un cœur, le Cœur du Christ naturellement, et cette croix n’a aucun rapport avec le crucifié, elle devient un symbole ternaire :l’Humain, l’Esprit, l’Amour. Dans ce cas l’amour est une force amorisante correspondant à l’altérité qui est le cœur du christianisme.
Je site Teilhard : « Pour régner sur une terre soudainement éveillée à la conscience d’un mouvement biologique vers l’en avant, la croix doit à tout prix et au plus tôt se manifester à nous comme un signe non seulement d’évasion mais de progression. La croix n’est plus seulement purificatrice mais motrice… Regardons un crucifix : ce que nous voyons cloué sur le bois, peinant, mourant, libérant, est-ce bien encore le Dieu du péché originel ? N’est-ce pas au contraire le Dieu de l’évolution que notre néo-humain attend ? »

-Teilhard a eu raison de déplacer le terrain de la controverse ; il n’oppose plus la raison au dogme d’ailleurs ces deux éléments n’étaient pas accessibles au grand public. De plus, la raison tue l’aspect magique du mystère ; le dogme, quant à lui, tue la pensée et le rêve. La voie dogmatique est morte, tout comme sont mortes les voies romaines devenues obsolètes.

-La voie symbolique est éternellement vivante , elle révèle la conscience, elle est une onde invisible et indicible qui fait vibrer en nous des cordes dont nous ignorions l’existence.

-Le dogme génère la pensée unique qui est une faute contre l’humanité. Entre la musique des anges et la musique des démons, seule une conscience bien établie peut faire la différence. La musique des anges réunit ce qui est différent. Teilhard disait que l’union différencie et que les différences, en retour et contrairement aux apparences renforcent l’union. Tel est le mystère sur lequel nous devons axer notre pensée ; nous sommes frères en Dieu.

Je terminerai par une citation de Teilhard extraite d’une lettre adressée à l’une de ses fidèles correspondantes en février 1927 : « Le règne de Dieu ne saurait s’établir que par une jonction beaucoup plus complète entre les forces chrétiennes et les grands courants de la terre. » (page 185 du livre de Pierre Leroy sj « Pèlerin de l’avenir »).

Vendredi 17 Janvier 2014 11:26