Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE


Jean-Pierre Frésafond / contraction de texte, chapitre 3 LA COMMUNION AVEC DIEU,à présenter le 28/3/2015
(NDLR : interprétation sous toutes réserves)

A) LE MONDE DES AMES

La particularité du christianisme est d’être une religion des âmes. Tandis que les « dévots de la terre » (NDLR : probablement les panthéistes ?) ne peuvent se tourner que vers un « devenir » , ou une collectivité en quelques termes inférieure de la matière. Quant au chrétien, il croit abriter une substance immortelle, en vue de laquelle tout se meut dans l’univers. Le cosmos ne serait qu’une tige flétrissable, tout ce qu’il peut véhiculer ce sont les âmes, seuls vecteurs de pérennité.

Aux yeux du croyant éclairé, les âmes ni ne se forment dans le monde ni ne le quittent à la manière de centres autonomes. Plus et mieux que dans un rêve panthéiste, les monades saintes se regroupent et se spécialisent en vue d’une unité supérieure, un « monde d’âmes »… Dieu est à la naissance, à la croissance et au terme de toute chose, tout est en Lui et par Lui.
Pour célébrer cette union, les termes les plus passionnés du panthéisme sont permis, avec cette extase, en plus de la « chose » universelle dont tout émane et à qui tout revient. N’est-ce pas l’impersonnel, l’inconnaissable, l’inconscient mais au contraire un être vivant et aimant en qui les consciences se perdent, achèvent de s’accentuer et de s’illuminer ; non pas vaste et enveloppant comme la matière, mais chaud et intime. Dieu est le centre partout répandu, dont l’immensité est due à un excès de concentration.
Entrainées irrésistiblement par les appels de la grâce vers un centre commun, les âmes trouvent dans cette convergence un lieu qui les groupe en un tout naturel. Par la grâce qui les place dans le champ de l’attraction divine, elles s’influencent mutuellement en cours de route. En cette dépendance relative, git le mystère cosmique de la communion des saints.
Semblables à des corpuscules qui baigneraient dans le même fluide, les âmes ne peuvent rien faire sans que les ondes, émanant de la plus petite d’entre elles, agite les autres, les entraine dans son sillage vers le bien ou vers le mal. Une dépendance mutuelle s’est installée ; l’œuvre globale dépend de la réussite des individus. La communion des saints se noue en l’unité d’un tout organisé qui est plus absolu que les individus sur lesquels il règne ; c’est en fonction de lui et non en qualité de particules isolées que les éléments pénètrent et subsistent en Dieu : c’est le Corps du Christ…

B) LE CORPS DU CHRIST

Pour les esprits timides, dans leur conception, le Corps du Christ est conçu par analogie avec les agrégations humaines, ce qui affaiblit le sens des Ecritures et les rend incompréhensibles. Non, le Corps du Christ n’est pas l’association des hommes pratiquant la bienveillance en vue d’une même récompense ; le Corps du Christ doit être compris tel que l’ont représenté St Jean et St Paul : il forme un monde naturel nouveau et mouvant dans lequel nous sommes biologiquement unis dans une évolution naturelle. A l’origine du développement du Corps du Christ, il fallait une opération d’ordre transcendental qui « grefferait » dans des conditions mystérieuses, mais naturelles, physiquement possible, la Personne d’un Dieu dans le cosmos humain, une mystérieuse incarnation qui induira une élite prédestinée. Cela correspond à la pénétration du divin dans la nature, une vie nouvelle est née. (NDLR : Teilhard fait-il allusion à l’Ange Gabriel ?) Par la grâce nous ne devenons pas seulement des parents ou même des frères, nous nous identifions à une même réalité supérieure qui est Jésus.
Jésus fait plus que vivifier par influence spirituelle collective, au moyen de l’Eucharistie il consomme l’union des hommes en lui et introduit un germe de résurrection spirituelle éternelle. (NDLR : cf les apparitions de Jésus aux apôtres après sa mort). Mais cette résurrection n’étant pas suffisante, Jésus requiert la coopération de notre bonne volonté. Cet acte humain se terminera par l’unification de tous en UN ; Aussi efficace que la vie, notre action construit un véritable Corps, celui du Christ, qui veut s’achever en chacun de nous … Oh ! oui, Jésus, je le crois, vous êtes l’Etre Cosmique qui nous enveloppe et nous achève dans la perfection de l’unité divine ! La répétition de cette prière mystique est une interminable béatitude.
Ce monde supérieur et définitif que vous concentrez, vous me le présentez inachevé afin que ma vie puisse s’alimenter avec la satisfaction de vous donner un peu à Vous. Le voilà donc le grand intérêt absolu et palpable que je vais vous offrir. Votre exemple, Jésus, n’est pas seulement le centre de tous les repos, il est aussi celui de tous les efforts utiles. En Vous, à côté de Celui qui Est, je vais aimer Celui qui Devient. La chose qui suit est pou moi la plus difficile : pour avoir part avec Vous il ne faut absolument pas rejeter le monde.

C) LE SCANDALE DU ROYAUME DE DIEU

Grâce à Jésus-Médiateur, le cosmos a découvert ses racines à vos yeux, et par la prolongation de nos travaux il grandit encore. Cela devrait combler nos exigences et, malheureusement, si profondément introduit que soit Jésus dans le cosmos, il demeure étranger au monde ! Le principe fondamental de l’édification du Corps du Christ, c’est l’utilisation que l’on en fait ; le terrestre et le divin sont faits pour fusionner. Cette conception est réconfortante car l’Homme est en principe maître de ses actes ; nous pouvons nous consacrer à l’œuvre du salut universel, rien n’est plus consolant. L’inconvénient et le revers de cette économie, est de laisser de côté la valeur matérielle de l’acte humain ; c’est une bonne chose et en même temps une grande faiblesse, telle est l’appréciation chrétienne si paradoxale de la souffrance …
Aucune doctrine n’est plus éminemment évangélique que le détachement et le renoncement, ce qu’a fait Jésus, ses disciples doivent le faire(…) c’est la voie par laquelle passe l’établissement de son royaume. L’organisme surnaturel divin se développe à travers le progrès humain, indépendamment du divin, voire même en rupture avec lui, les progrès humains donc, le déflorent, le tuent ! Que le monde terrestre réussisse ou avorte, j’arriverai au terme de mon épanouissement, voilà les apparences, elles sont révoltantes pour l’incroyant et déconcertantes pour le fidèle qui ne veut pas renoncer. Le fidèle ne comprend pas que l’œuvre de la sanctification soit touchée et qu’un antagonisme puisse exister ou, encore, qu’une fissure puisse s’ouvrir. Jésus quant à Lui maudit le monde lâche et jouisseur , mais il aime le monde qui travaille à se perfectionner. Cependant notre monde porte en lui une mystérieuse promesse d’avenir , promesse impliquée dans une évolution naturelle. Tel est le premier mot du savant dont les yeux se ferment , fatigués d’avoir trop vu, sans pouvoir s’exprimer. Si donc moi, soit disant au nom de ma religion, je me hasarde à faire fi d’un si grand espoir, qui est l’idole de ma génération, quelle langue parlerai-je à côté des « lutteurs pour la vie » dont la ténacité a souvent été condamnée, a priori, par les paresseux d’une certaine science ? Sans doute, la ressource et le devoir me restent, je dois coopérer au progrès temporel du monde pour faire la volonté de Dieu.
Pour que je me voue ardemment au labeur cosmique, pour que je puisse concourir à armes égales avec le Fils de la Terre, il faut que je croie en ce que je fais mais, que je le veuille ou non, j’y crois, je crois en la science. Je crois en quelque surhomme quand je m’enthousiasme pour une guerre de culture et je regarde comme une faveur de Dieu de risquer mon existence pour faire triompher un idéal de civilisation. Que signifie cette expérience si non qu’en dépit des mots et des principes mal interprétés , la conciliation est possible entre l’amour du monde et l’amour de Dieu.
Quelque part existe un point de vue d’où le Christ et la terre, situés de telle sorte, que l’un par rapport à l’autre, je ne saurais posséder l’Un qu’en étreignant l’Autre.
Ce point de vue se rencontre dans le règne du grand mystère inexploré, là où la vie du Christ se mêle au sang de l’évolution.

Lundi 23 Février 2015 14:54