Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Intégrer le temps et l’énergie dans une réflexion permet d’approfondir une vision physique et philosophique de l’univers, ainsi que la notion d’éternité, laquelle peut être définie de deux manières : autre temps ou bien absence de temps. Là est la question, et c’est la notion d’énergie qui permettra de résoudre ce paradoxe.

Pour commencer, rappelons quelques bases :
-Dans un contexte scientifique, le mot temps ne doit pas être employé isolément, mais associé au mot espace pour les raisons suivantes. Imaginons un monde immobile et sans matière, dans un tel univers il ne se passerait rien, n i changement d’état, ni changement de lieu. Il n’y aurait pas de temps, il y aurait un espace imaginaire et infini. Cette hypothèse est invraisemblable car on ne peut imaginer une matière immobile et sans changement d’état puisque la matière se résout dans l’énergie et que l’énergie, par définition, est quelque chose qui bouge et qui change d’état (si non, ce ne serait pas de l’énergie. L’électricité par exemple est une balade d’électrons). En conséquence, le temps n’existe que s’il y a de la matière.

-Ensuite, évoquons des considérations philosophico scientifiques : Le concept espace/temps peut-il exister sans la présence d’un observateur qui le mesure ? Certains scientifiques pensent que non. A voir ! Ce n’est pas parce qu’une personne parle toute seule que sa parole n’existe pas, elle parle dans le vide, c’est tout. Pour l’espace/temps c’est un peu la même chose. En l’absence d’observateur, les évènements ont bien lieu. Encore faut-il s’entendre sur le sens donné au mot « observateur ».
Si l’on considère comme observateur une particule par rapport à une autre particule, il est certain qu’en l’absence de cette dernière on peut dire qu’il ne s’est rien passé car, en imaginant qu’une particule se serait déplacée par rapport à rien il s’agirait, en la circonstance, d’un non-évènement, donc pas d’espace/temps. En ce qui concerne l’univers, soyons rassurés car il est un bouillonnement d’évènements et d’évolution dynamique qui a un commencement et qui aura une fin.

-Une question vient à l’esprit : Puisque la notion d’espace/temps est universelle, il n’y aurait donc qu’une seul temps pour tout l’ensemble ? Et bien non et c’est ici qu’intervient l’interaction de l’espace/temps avec un observateur, et nous allons découvrir que le temps est multiple, haché, un temps propre à chaque observateur. Prenons l’exemple d’une planète comme la terre dont l’un de ses habitants regarderait une autre planète identique à la terre quant à sa taille et celle de son système solaire, la rotation sur l’axe de cette planète durera en principe 24 heures. Maintenant, prenons l’exemple d’un atome, le même observateur constatera que les particules en orbite autour de son noyau atomique tournent à une fréquence de milliards de tours à la seconde. Conclusions de l’observateur : pour un même évènement (un tour) la différence de fréquence a des proportions vertigineuses, les temps de la planète et de l’atome sont différents, du point de vue de leur observateur ; et à supposer que la planète et l’atome n’aient conscience que d’eux-mêmes, pour eux il n’y aura qu’un seul temps, le leur. Il y a autant de temps qu’il y a d’observateurs.
Extrapolons à l’échelle de l’univers : avec l’hypothèse du big-bang ou de ce que l’on peut nommer moment-1, au commencement le volume de l’univers serait minuscule et, dans ce cas, le temps du moment 1serait différent de celui du moment actuel ; et quand un physicien déduit de ses calculs la situation et les évènements qui se sont déroulés un milliardième de seconde après le moment 1, on ne parle pas du même milliardième de seconde que celui du moment actuel.

-Revenons à l’homme : Comment mesure-t-il son temps ? Il l’apprécie en fonction du temps qu’il a déjà vécu et de celui qu’il lui reste probablement à vivre. Conséquences : pour un enfant de 10 ans, 5 années représentent la moitié de sa vie (c’est très long), tandis que pour un adulte de 50 ans, 5 années ne représentent que le 1/10ème de sa vie (c’est très bref).

Pour illustrer cette relativité du temps on peut ajouter d’autres paramètres comme : l’état d’ennui, l’état d’impatience, etc… Celui qui attend un évènement avec impatience regardera sa montre toutes les 30 secondes et sa perception du temps sera différente de celle du rêveur qui s’éveille brutalement à la réalité et qui, pendant son rêve éveillé, était hors du temps,hors des évènements qui l’entouraient.

-Abordons maintenant l’aspect métaphysique du temps et pour faciliter la démarche rappelons quelques notions scientifiques et teilhardiennes sur lesquelles nous allons nous appuyer (en accord avec les théories d’Einstein).
Le 26 mai 2008 France-Inter a diffusé une interview d’Einstein faite en 1933, qui m’autorise à faire cette comparaison.

1) La matière se résout dans l’énergie
2) L’énergie est multiple dans ses manifestations
3) L’énergie est unique dans son principe
4) L’énergie et l’information son consubstantielles, l’équation esprit/matière complète l’équation énergie/matière.
5) L’énergie est tantôt sous la forme corpusculaire, tantôt sous la forme ondulatoire. La première étant dans l’espace/temps et la seconde étant hors espace/temps et peut être partout et nulle part à la fois.

Ceci étant posé, quand l’homme est vivant, son système électrochimique est actif, ce qui permet à son système neuronale d’émettre des informations détectables et mesurables avec les instruments scientifiques modernes.
Quand l’homme est mort, les systèmes neuronaux qui ne sont plus alimentés en énergie cessent d’émettre des informations. De ce constat, on pourrait conclure qu’il n’y a pas d’autres informations possibles et que tout est bien fini. Un tel raisonnement équivaudrait à dire qu’en l’absence de compteur geiger la radioactivité n’existe pas.

Actuellement, par la force des choses, la science ne raisonne pas en partant du moment-1 pour aller vers le temps actuel, mais elle part de l’examen de la matière actuelle pour remonter en direction de ses origines, tant que la chose est possible et expérimentable.
Maintenant, les sciences expérimentales achoppent sur le mur de Plank et ce sont les mathématiciens (et les rêveurs) qui prennent le relais en attendant que les sciences expérimentales puissent trouver dans cette matière sous forme de bouillonnement apparent non structuré l’information qui contient tout le développement de la matière. Si la science arrivait à trouver cela, elle aurait trouvé Dieu.

A ce point du raisonnement il ne serait pas scientifiquement incorrecte d’utiliser un principe de causalité selon lequel les effets que nous constatons (l’organisation intelligente de la matière) ont forcément une cause que le hasard seul ne peut pas remplacer.

-Tout cela a pour but de suggérer que le cerveau émet probablement des ondes (que nous nommerons « spirituelles » faute de mieux) qui sont peut-être de même nature que l’onde initiale porteuse de l’information. Cette onde initiale, si elle est porteuse de l’information, est donc préexistante au moment-1, elle est donc hors espace/temps. Si cette hypothèse se vérifiait, les ondes qui survivent à la mort physique du cerveau humain ne seraient plus une idée farfelue, mais une cohérence avec l’existence de cette indétectable onde initiale.

-Nous allons maintenant pénétrer plus en avant la pensée teilhardienne en utilisant son très connu « principe d’émergence » : Dans le monde, rien ne saurait éclater un jour comme final à travers divers seuils successivement franchis par l’évolution, qui n’a d’abord été obscurément primordial. La récurrence de certains évènements et de certains paliers est évidente et incontestable, il n’est que de regarder la complexification croissante de la matière et de la centréité de son organisation. L’univers est courbe, la matière est une courbure de l’espace/temps et même l’énergie n’échappe pas à cette règle de se centrer sur elle-même, y compris les ondes spirituelles (si l’on admet qu’elles sont consubstantielles à l’énergie). Je n’irai pas jusqu’à dire que l’âme immortelle évoquée par les religions est de même nature, car il n’y a pas encore de mots pour le dire autres que la première des vertus théologales : l’espérance.

-Le pas de la réflexion a été franchi par l’évolution il y a 3 à 5 millions d’années, ce qui représente un laps de temps relativement court par rapport aux 5 milliards d’années de notre planète qui a une probabilité d’existence d’une durée identique. La durée probable de la vie sur terre est très nettement inférieure, mais elle représente un laps de temps de plusieurs milliers de fois plus long que le temps qu’elle a parcouru ; ce qui laisse augurer une évolution importante de notre système neuronal qui n’utilise qu’une partie infime de ses possibilités, surtout si l’on tient compte de l’effet de synergie de la sphère de pensée (la noosphère).

-Si les ondes de pensée existent, en vertu du principe de récurrence des champs unitaires, elles n’échappent pas à la tendance à se centrer sur elles-mêmes, à l’infini, hors espace/temps, et à évoluer elles aussi vers des états de plus en plus complexes et à augmenter le quantum de cette énergie contenue dans l’univers.

-Quelle est donc cette précieuse parcelle que le tout attend de récolter en moi ? Ainsi s’est exprimé Teilhard dans son livre Comment je Crois (p. 136)
De là à dire que Dieu a besoin des hommes il n’y a qu’un pas, qu’un certain philosophe du siècle dernier s’est empressé de franchir, clouant ainsi le bec à un autre philosophe qui a dit :Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

Jeudi 17 Juillet 2008 09:29