Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Tome 10, Editions du Seuil


Dans la seconde partie du chapitre 8 « Comment je crois », Teilhard précise sa vision personnelle de la foi. A nouveau, il ne décevra pas et, avec franchise, il va s'expliquer. Certaines idées seront difficiles à comprendre, (on trouvera qu'il intellectualise), des démarches pourront paraitre déroutantes et tout au moins bousculeront les habitudes et inviteront à la rénovation des concepts devenus aujourd’hui incompréhensibles et d'un autre temps.

Pour commencer il situe la croyance au divin à la place qu'il croit juste, sans arrogance ni sous estimation :
« A mon sens dit-il, le phénomène religieux, n'est rien moins que la réaction à l'Univers en tant que tel, de la conscience et de l'action humaine collectives en voie de développement »

Depuis bien longtemps l'homme a pressenti que le sacré et la spiritualité faisaient partie de sa vie ; la forme sans forme, l'Esprit ; pas une divagation de la pensée ou une vision dans l'émotion mais, par intuition, un savoir sans pouvoir l'expliquer.
Bien sûr les intelligences supérieures qualifieront cela de chimère rétrograde ou de fantasme passéiste.
La voie vers l'individuation sera toujours une expérience personnelle. Elle est nécessaire car elle fait partie de l'humanité. Mais l’évolution individuelle n'a de sens qu'avec et parmi nos frères et l'évolution de la Terre permet de nouvelles compréhensions pour l'accès au Divin. Evolution maître mot de Teilhard !

Dans bien des pages de son œuvre il parle de montée de conscience, d’arrivée de la Pensée, de convergence, d'enroulement, de dedans des choses, de spiritualité de la matière. « Foi en l'unité du monde, foi en l’existence et en l'immortalité de l'Esprit naissant de la synthèse du monde » dit-il.

Ce processus est tout l'inverse d’une stagnation car il s’agit de création continue, de mouvement, de joie, d’espérance en tous les possibles dans l’espace-temps. Cet esprit naissant de la progression de la synthèse du monde s'est remarquablement concrétisé lors du Pas de la réflexion. Ainsi, des étapes se dessinent, de plus en plus lisibles dans la marche du monde.
Si l'homme, embarqué dans cette épopée, ne veux pas participer, c'est un choix. Par contre, il peut aussi se découvrir, construire du religieux : la religion n'est pas un reliquat de vision primitive de l'évolution, mais une dynamique, un affinement de la vie du monde.

Puis, Teilhard présente trois grandes croyances du phénomène religieux.
Le groupe des religions orientales, le groupe des néo-panthéismes humanitaires, et le groupe du christianisme.

-Les religions orientales par leur sens du Tout, par leur approche avec une mystique totale, par l’impermanence de l'être et des choses, l’ont séduit, dit Teilhard. Tout étant illusion, le non-attachement devient règle de vie. La pratique de la méditation façonne le bodhisattva (celui qui a formé le vœu de suivre le chemin) pour que grandisse en lui la claire lumière afin de devenir un Bouddha. Le cycle des renaissances continuera tant que l'illumination ne sera pas atteinte .
Mais cette spiritualité, aussi attirante qu'elle soit, ne satisfait pas Teilhard. Pour lui la matière est vivante et toute chargée de possibilités sublimes : elle est réalité et évolution. Il lui semble que si la spiritualité orientale est admirable par certains aspects, cependant il lui manque la vision, la référence à l'Unique Source personnelle et cosmique ultime.

-L'ensemble des panthéismes humanitaires est la deuxième forme de religion qui a attiré l'attention de Teilhard.
Il dit « se sentir à sa place dans un temple construit à la gloire de la terre »
Le don de soi aux autres, l’entraide, les mouvements humanitaires correspondent à sa vision de la Terre avec laquelle il noue un lien très fort. Malgré une cette attirance pourtant très dense, pour Teilhard il manque quelque chose : comme une troisième dimension. Le religieux qu'il est exige du vrai.
Dans cette schématique, des hommes aident d'autres hommes et ce mouvement est en lui-même extraordinaire, fait de compassion, d'amour pour les autres. Mais bien que l'entreprise soit plus que louable, il lui trouve « un ciel trop bas », ce sont ses propres mots...

Ce qui fait défaut à la dynamique de l’ensemble des panthéismes est ce que Teilhard nomme « l'Esprit doué d'immortalité et de personnalité », grande motivation s'il en est, qui donne du Sens à l 'action et qui dans ce projet, n'est pas présente ; ou ne veut pas l'être ?

-La troisième religion vers laquelle il se dirige est le courant chrétien dont il est imprégné depuis toujours.
Au fil des années sa foi a évolué. Teilhard devient en réel désaccord avec ceux qui voient Dieu comme celui qui se fait attendre, se cache pour que les humains le cherchent avec fébrilité et angoisse...
Teilhard n'admet pas que l'homme soit passif en se considérant comme de passage sur cette terre, mais plutôt qu'il se définisse comme entièrement acteur de la matière, engageant ainsi toutes les fibres de son corps.

Ses réponses, ou sa vision sont que, si nous ne pouvons pas encore voir Dieu c'est que « nous en sommes encore incapables en vertu du stade où se trouve l'univers, de plus d'organisation et de plus de lumière ».
Les attaches, les égocentrismes, les peurs... autant de voiles qui masquent la Voie, la Vérité. Nos perceptions, nos actes sont modifiés à cause de notre vision troublée par un état d’incomplétude. Dieu, l'Insondable, est là, il ne se cache pas mais est à chaque instant à mon écoute et je recevrai, c'est sûr, à la mesure ma confiance lorsque je demanderai.
Mais, ai-je vraiment demandé ? « Cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira »(Luc XI,9)

…Et les derniers mots de Teilhard :
« J'accepte, dans ces conditions, de marcher jusqu'au bout sur une route dont je suis de plus en plus certain, vers des horizons de plus en plus noyés dans la brume ».

C’est ainsi que l’auteur formule son acte de foi en un Dieu qu'il sent l'habiter, que son corps matière ne voit pas, mais pourtant dont il a fait le pari, celui du Christ Universel.
C'est le programme pour toute une vie. Lors de la Parousie la Présence du Christ Universel se dégagera de ses voiles et Il se manifestera à la fin des temps (sens étymologique du mot "Apocalypse »).

Lundi 25 Février 2013 10:17