Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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"Comment je Crois" chapitre 13
Editions du Seuil, livre de poche


Dans la Bible, l'idée de la pomme venant de l'arbre aux fruits défendus, donnée par Ève à Adam, peut, aujourd'hui, paraître déconcertante, faire sourire . Teilhard, commentant ces premiers chapitres de la Genèse, dit :

« ...ce sont uniquement des enseignements sur la nature de l'Homme et non des renseignements visuels sur son Histoire... » ; voilà qui peut dédouaner celle ou celui qui serait tenté de prendre à la lettre certaines sentences.

Néanmoins, Le péché originel tient une place importante dans l'espace religieux chrétien et il suscite souvent étonnement, scepticisme, rejet. Des moins hardis jettent sur lui un voile pudique, ou encore négation de principe, sinon efficace, suite logique de la paresse pour la recherche du Vrai. Je ne peux nier sa présence, condition nécessaire pour l'apaisement de l'âme.

Guidé par le maître et à sa suite, j'essaie de reformuler et de m'imprégner des réponses qu'il propose, et que sûrement et aussi inconsciemment, j'attends ; ces idées novatrices, dit-il, satisfont le dogme et la science, et revivifient ma vision intérieure.

Aujourd'hui on est généralement d'accord pour accepter l'idée et donc l'état du Phénomène d’Évolution de la vie : l'atome, les micro-organismes, les végétaux, les animaux, etc… De multiples transformations se sont faites et se font avec, et aussi à leur suite, la plus aboutie dans la lignée : l'homme.
Ces avancements se sont réalisés avec d'innombrables essais. On parle de hasards ou de synchronicités, et il y a aussi beaucoup d'impasses ; c'est la nature même de la vie. Alors, le résultat normal de ce mouvement ce sont des pertes, du déchet de ce qui ne s'est pas assemblé, de ce qui ne s'est pas trouvé, c'est à dire, du rebut, de la mort.
Teilhard écrit:
« ...une multitude de tâtonnements et d'essais, dans l'immensité de l'espace-temps. Le multiple primordial ne peut éviter de s'imprégner (dès le moment où il cesse d'être rien) de douleur et de faute,... au dessus de la Vie il entraine la douleur, à partir de l'homme, il devient péché ».
Je crois que parler de péché fait déplacé, dérange ; le mot est chargé d'émotion dans l'inconscient de l'homme moderne. J'ai de la crainte quand je veux, quand j'ose faire acte d’introversion ; est-ce la peur de voir apparaître des vieux démons que je ne saurais maîtriser ou de devoir prendre position face à des évidences venues en pleine lumière ?
En réponse à ces interrogations une note secourable de l'auteur recadre, et dit :
« le péché originel devient alors un effet combiné d' atomicité (désordre statistique) et d'organicité (contamination générale) de la masse humaine ».
Teilhard enseigne la prise de recul vis à vis du mal, il m’apprend à le démystifier sans en diminuer l' importance, il le situe à sa vrai place dans l’aventure humaine.
Parlant du Mal l'auteur écrit :
«Ce sous-produit, inévitable statistiquement, de l'unification du multiple de l'être participé »

La Rédemption de façon universelle vient régénérer pour de constants nouveaux en devenir.

En l’Être Premier que nous devinons et dont parle Teilhard s'établit une relation unique avec l’Être participé que nous sommes .

Pour terminer : ces quelques phrases dans le même esprit, et venant de Maître Eckhart (1260/1328) :
« Ce que je suis comme créature temporelle mourra et s'anéantira, car cela est dévolu au temps et doit pourrir avec le temps. Mais dans ma naissance éternelle naquirent toutes choses ; ici je fus cause de moi-même et de toute chose. Si je l'avais voulu alors, le monde entier et moi nous ne serions pas ; et, si je n'étais pas, Dieu ne serait pas non plus ; que Dieu soit Dieu j'en suis une cause. Si je n'étais pas, Dieu ne serait pas non plus. »
Et, en écho à la formule d’Angélus Silesius (1624-1677) Teilhard évoque :
« La mystérieuse relation qui relie l’Être Premier à l’être participé ».


Samedi 26 Mai 2012 12:58