Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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travail présenté le 27/2/2015


Jean-Pierre Giroud / Communion avec la Terre
Dans ce chapitre des écrits du temps de la guerre, l'auteur entre de front, si j'ose dire, dans un regard particulier de l'histoire de l'homme . Il le positionne comme étant l'élément singulier, le plus abouti, unique enfin, de la matière. Il va essayer de faire comprendre le lien, ou plutôt proposera la vision d'une unité cohérente et dynamique, entre la Terre (ou l'homme) et le Tout.

Tout d'abord, avant de nous inviter à entrer dans sa spiritualité et sa vie intérieure, sans concession, il parle de la matière, la mère nature nommée parfois ainsi, encore aujourd'hui. En effet, elle est attirance, joie, beauté, refuge. Qui na pas été un jour émerveillé devant un paysage, une fleur, un visage...Ou bien seul, très loin des bruits, des courses incessantes de la rue ? Qui ne s'est pas laissé saisir par le calme de la nuit dans un lieu empli de mystère, transporté par l'écoute d'une symphonie aux accords sublimes, ou imprégné par les lieux magiques d'une campagne, d’une montagne majestueuse, d’une forêt mystérieuse ou d’un désert habité de solitude.
L'auteur de dire : « Ainsi, bercé par la voix qui charma plus d'un sage, parlaient mon cœur séduit et la raison sa complice. C'était l'heure païenne (animale), où des régions inférieures de l'univers, monte le chant des Sirènes ».

Il me semble qu'il peut y avoir méprise dans la compréhension de ces derniers mots : Teilhard ne tourne pas le dos à la Nature qu'il voit, qu'il sait si belle, mais par elle, avec elle, il perçoit les espérances, on dira aujourd'hui, tout le potentiel à venir. La vraie Vie n'est pas repli sur soi, jouissance égoïste mais elle se partage ; elle est active, investissements, mouvements ; et ce n'est pas seulement un regard sur elle qui doit être présent, fut-il merveilleux, et pour cause, mais l'invitation à s'investir pour que se forment encore, et toujours plus beaux, d'autres soleils.

Alors Teilhard explique en cinq étapes sa vision vers le Surhomme:

1) La domination de l'Univers.
En premier lieu s'il est parlé de surhomme, ce mot ne se veut pas arrogant ou élitiste mais fera plutôt écho avec l'homme qui découvre qui crée constamment et peut-être aussi l'homme nouveau dont parlent la Bible.
Donc, l'auteur fait remarquer les possibilités d'évolution de l'homme, par la science, les échanges, les expériences. Les possibilités sont sans limites, les innovations multiples et imprévisibles, tous les possibles sont là, à la mesure des esprits créatifs.

2) La ségrégation de l'humanité.
Tout en étant un religieux, Teilhard est aussi un homme de science. Il est paléontologue. Au moment de ces écrit il n'en est qu'au début de sa carrière qui sera prometteuse. Toute sa vie il cherchera et il affinera son étude sur l'évolution de la matière et en arrivera à un de ses ouvrages les plus aboutis, Le Phénomène Humain. Il précise que l' évolution de ce phylum original, unique, de l'histoire de la vie, n'est pas dans la dispersion...
Il parle au contraire de point privilégié, de ségrégation par où une élite éclot ce sont ses propres mots et il dit encore :
« Les humains par leur rencontre se fécondent, s'achèvent, ...des épanouissements qu'engendre le commerce de leurs âmes ».
L'alchimie engendrée par l'union de la science et de la spiritualité font que se découvrent de nouvelles étonnantes et de belles espérances .

3) La libération de l'Esprit.
Depuis l'émergence de la conscience il y a quelques millions d'année bien des évolutions ont eu lieu : affinements, complexifications de la Matière de la Terre.
Dans cette partie il explique que peu à peu l'Esprit se détache, se libère et va vers les sommets, libéré des pesanteurs. La foule heureuse dans son immobilisme, les habitudes confortablement installées, les conventions, les individualités jalousement conservées, freinent les meilleurs idéaux mais cependant l'auteur ajoute : « Le sens et le travail du monde consiste peut-être bien à spiritualiser la Matière... » Option de l'Esprit par la compréhension, la libération, la volonté de l’harmonie.

4) La Paix que donne le Monde .
« Cet homme-là...la paresse et la nonchalance, dès lors, l'ont abandonné pour faire place au goût ardent de la recherche et à l'inquiétude saine et âpre du progrès » écrit Teilhard.
L'homme est situé à sa vraie place, il devient entièrement acteur dans l'évolution du monde.
Il est à sa place dans la construction, le devenir du Monde. La vie enfin a un sens, possibilité d'être co - auteur dans la marche, l'avenir de la Terre. Les groupements locaux, nationaux, mondiaux ne sont - ils pas déjà une prise de conscience active de cette direction ? Notre auteur disait précédemment que nous ne pouvons pas soupçonner où et de quelles natures et grandeurs sont les énergies en attentes pour la réalisation de l'évolution.

5) La plainte de l'âme.
Dans cette dernière partie nous entrons comme dans une autre dimension car il y a perte des repères concrets, bien présents, donnés par l'action.
Les états bien marqués de la Terre, mouvements solidaires, créations métalliques des intelligences artificielles ou d'autres résolument globales, se dérobent.
Mais ils ne sont pas écartés, on ne cache pas ce qui est au grand jour. Alors, Teilhard s’interroge : toutes ces beautés du monde sont-elles vaines ? La Vie dans ses unités, ma vie, est-elle condamnée à simplement rejoindre un tout, un cosmos rassembleur où devra-t-elle s'affiner dans des réincarnations ?
Mon entité, ma singularité, mon intériorité, joyau, fleur unique ne sent-elle pas un autre appel ? Le Tout, l’Éternel présent, le Non-né n’attend-il pas simplement mon écoute pour que j’entende sa parole ?
" Et au Désert où je suis allé, j'ai perdu Dieu que « je » cherchais et je ne sais plus retrouver les traces ni de Lui ni de moi.
Dieu n'est pas dans le Désert. Le Désert, c'est le mystère même de Dieu qui n'a point de limites ni rien pour le mesurer, ni le situer ni rien pour me mesurer et me situer devant Lui, par rapport à Lui
" dit Le sage de l'Orient

Dimanche 8 Mars 2015 15:47