Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Ce texte est inspiré par la guerre de 1939 que Teilhard connaît de loin, il est à Pékin quand il écrit, mais Teilhard a une expérience directe de la guerre en 1914. Il me semble qu’on ne peut dissocier ces pages de ce contexte de guerre, c’est très important. Les belles réflexions de l’auteur se détachent sur un fond rougeoyant de tueries et de destructions.

Une fois ces précisions formulées on peut comprendre -ou essayer de comprendre- la vision humaniste de Teilhard : les guerres provoquent un brassage de consciences, de peuples, de techniques émergentes qui pourraient, effectivement, contribuer au progrès de l’humanité. Les guerres sont « des crises de croissance ». L’individu devient universel pour peu qu’il veuille bien donner un sens à ces rencontres de peuples, rencontres même cruelles, dans lesquelles il se trouve englué.

Teilhard développe également l’idée d’une accélération des techniques ; il parle d’énergie « physico-psychique » à propos de ces « flèches monstrueuses » que sont les avions. Il évoque ce pilote « sur humanisé par son vol » merveilleux instrument humain. Teilhard n’a pas de termes assez enthousiastes et admiratifs pour désigner ce qui, finalement, dans le contexte n’est qu’un instrument semeur de mort. Le pilote d’Hiroshima à qui tous ces termes louangeurs peuvent s’appliquer à la lettre, ce pilote est-il un « individu surhumanisé » ?

Le paragraphe p. 81 qui glorifie à ce point le pilote de guerre me terrorise et me laisse perplexe quant aux intentions de Teilhard au moment où il le rédige. On aurait attendu de la compassion pour les victimes et pour ce pilote qui « ne sait pas ce qu’il fait ».

En fait, Teilhard a voulu montrer par cet exemple de l’avion l’énorme complexité technique et psychique dont il est la résultante. Cela témoigne de l’organisation de l’humanité, de son progrès, et de l’élaboration lente de la noosphère.
Ces conflits mondiaux seraient alors des « saccades positives » dans l’ascension de l’humanité vers le point ultime où tout s’achève. Mais qui dit « saccade » dit mouvement irrégulier, impulsif, en contrecoup de paliers où tout semble s’arrêter et virer au négatif.

Au lieu de considérer les heurts mondiaux avec pessimisme, essayons de voir en eux des facteurs d’avancée de l’humanité. Ces fabuleux brassages de peuples, de mentalités, liés aux fabuleux moyens de communication qui tissent un réseau universel autour de la terre, cela peut laisser présager une fraternité universelle, dans quelques milliers d’années.

Samedi 7 Février 2009 16:44