Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre 17 « Comment je crois » Tome 10 , éditions du Seuil



EXHORTATION APOSTOLIQUE EVANGELII GAUDIUM DU PAPE FRANÇOIS (Extraits)
242. Le dialogue entre science et foi fait aussi partie de l’action évangélisatrice qui favorise la paix. Le scientisme et le positivisme se refusent « d’admettre comme valables des formes de connaissance différentes de celles qui sont le propre des sciences positives ». L’Église propose un autre chemin, qui exige une synthèse entre un usage responsable des méthodologies propres des sciences empiriques, et les autres savoirs comme la philosophie, la théologie, et la foi elle-même, qui élève l’être humain jusqu’au mystère qui transcende la nature et l’intelligence humaine. La foi ne craint pas la raison; au contraire elle la cherche et lui fait confiance, parce que « la lumière de la raison et celle de la foi viennent toutes deux de Dieu», et ne peuvent se contredire entre elles. L’évangélisation est attentive aux avancées scientifiques pour les éclairer de la lumière de la foi et de la loi naturelle, de manière à ce qu’elles respectent toujours la centralité et la valeur suprême de la personne humaine en toutes les phases de son existence. Toute la société peut être enrichie grâce à ce dialogue qui ouvre de nouveaux horizons à la pensée et augmente les possibilités de la raison. Ceci aussi est un chemin d’harmonie et de pacification.
243. L’Église ne prétend pas arrêter le progrès admirable des sciences. Au contraire, elle se réjouit et même en profite, reconnaissant l’énorme potentiel que Dieu a donné à l’esprit humain. Quand le progrès des sciences, se maintenant avec une rigueur académique dans le champ de leur objet spécifique, rend évidente une conclusion déterminée que la raison ne peut pas nier, la foi ne la contredit pas. Les croyants peuvent d’autant moins prétendre qu’une opinion scientifique qui leur plaît, mais qui n’a pas été suffisamment prouvée, acquière le poids d’un dogme de foi. Mais, en certaines occasions, certains scientifiques vont au-delà de l’objet formel de leur discipline et prennent parti par des affirmations ou des conclusions qui dépassent le champ strictement scientifique. Dans ce cas, ce n’est pas la raison que l’on propose, mais une idéologie déterminée qui ferme le chemin à un dialogue authentique, pacifique et fructueux.
« La relation est l’essence de l’être » Lanza del vasto
L’homme, en tant qu’être participé, se doit de comprendre qu’il s’affirme dans une double relation (voir schéma ci-dessus). Une relation avec toutes les contingences du cosmos qui fait appel au langage de la raison. Une relation avec tout ce qui concerne les réalités hors de l’espace-temps entrant alors dans le cadre de la foi. Je l’ai nommé « origine » et la communication de l’homme avec ce qui est d’un ordre supérieur premier se réalise par le truchement du langage symbolique. La parole de l’homme possède dans sa contingence une puissance créatrice ou destructrice tandis que le Verbe est la Parole première qui est la vraie lumière éclairant le cosmos et l’humanité.
Désignons sous le terme : origine la condition essentielle de tout ce qui apparaît dans le cours des événements et par conséquent n’est réductible à aucun. Penser origine, c’est reconnaître un acte qui n’est pas limité à un moment du temps ni à une localisation dans l’espace. Elle ne correspond à aucun commencement au sens usuel du terme car parler de commencement, c’est marquer une distinction entre un avant et un après, c’est aussi inscrire une rupture dans le temps pensé comme élément continu. L’origine n’est pas une théorie scientifique. Ainsi, l’identification du point zéro du modèle cosmologique appelé : Big Bang au Fiat Lux de la Genèse, constitue un exemple majeur de confusion entre deux domaines du savoir : cosmologie et théologie.
La notion de création continue évoquée par Teilhard, apparaît dans la rencontre entre la théorie de l’évolution et la reconnaissance d’un principe transcendant. Elle est désignée pour préciser quelle est l’action divine au cours du processus décrit par la théorie de l’évolution. Une vision mécaniste de la création selon la scolastique, consiste à dire : l’acte créateur consiste en la production des éléments du monde et leur mise en place optimale au sein d’un système bien ordonné, parfaitement et définitivement codifié ; le déroulement postérieur du système obéissant alors aux seules lois de la nature. L’action créatrice se limite donc à un premier instant, et c’est suivant cette logique réductrice que la pensée commune considère les premiers mots de la Genèse comme un commencement de la Vie. Certains évoquent l’idée d’un retrait de Dieu pour dire l’acte créateur : vision fragmentée des choses qui s’exprime en termes d’interactions dans un ensemble dont on a du mal à saisir et à préciser le sens métaphysique et qui peut entraîner le croyant dans une dévalorisation de soi-même et de la vie en général. « Pour que l’évolution se prolonge en milieu hominisé, il faut, de nécessité physique, que l’homme croie énergétiquement à la valeur absolue du rôle qu’il tient » écrit Teilhard. En fait, la création ne se réduit pas au premier moment de l’Univers. Elle est le don de l’être coextensif à la durée du cours des âges.
Marcel Comby


Dimanche 16 Février 2014 15:40