Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Marcel COMBY/La Parousie
tympan.docx tympan.docx  (99.38 Ko)
Le tympan roman de l’abbaye de Conques en Aveyron (voir pièce jointe) est le chef d’œuvre de la renaissance romane du début du XIIe siècle. Il est communément admis qu’il représente le Jugement Dernier avec le Paradis d’un côté et l’enfer éternel de l’autre. Pourtant une analyse minutieuse des scènes, des personnages et de leurs gestes mais aussi des inscriptions, révèle que le tympan représente plus exactement la Parousie du Christ, La Parousie pouvant se concevoir comme un « éternel présent » (St. Irénée), bon nombre de scènes font référence à l’actualité du XIIe siècle : on y trouve par exemple une référence explicite à la Querelle des Investitures.

Ce qu’on doit contempler, ce sont les mains du Christ qui reçoivent les Grâces venues du Père et qui les déversent sur les hommes. Ce geste est souvent repris dans les représentations de l’Ascension. Le Christ y apparait s’élevant dans les nuées, bras droit levé vers le ciel, comme tiré vers le Père, bras gauche tendu vers la terre en signe d’adieu.
Mais ce geste représente aussi son retour qui nous est annoncé dans les Actes de Apôtres (1, 9-11) « Son retour se fera de la même manière que son Ascension, entouré de nuées »
Dans les deux cas, Ascension et Parousie, le geste est en forme de diagonale dont on peut extraire une symbolique. Ce geste des deux mains, pointant dans deux directions opposées, nous rappelle que Jésus est mort, descendu aux enfers, ressuscité puis monté au ciel.
Le jeu des mains évoque la double nature du Messie à la fois d’origine divine et incarné, le Fils de Dieu fait homme.
A la différence de Satan, le Christ ne pointe pas un doigt vengeur vers les réprouvés. Tout au contraire, il ouvre largement la paume de ses mains : « Je ne suis pas venu pour juger mais pour sauver » (Jn, 12, 47) Le jugement n’est pas la condamnation du pécheur mais celle du péché. La justice du Messie est la justification du pécheur, non pour ses hypothétiques mérites, mais par pur don gratuit de la Grâce divine pour ceux qui ont eu foi en lui.

Le tympan illustre la justification par la foi qui fonde la théologie de St Paul : « Dieu qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimé, alors que nous étions morts par la suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ. C’est par la grâce que vous êtes sauvés. » (Ephésiens, 2, 4-5)
« Là où le péché abonde, la grâce surabonde » (Epitre aux Romains, 5, 20)

Le Christianisme et l’harmonie universelle

La notion de Parousie est liée à celle de Fin du Monde qui reste une situation mystérieuse sans relation avec un état déterminé de l’humanité. On peut supposer que, dans une vision évolutionniste, il s’agisse d’un Point final de convergence, un point critique de retournement. C’est par les textes de Teilhard, d’une profonde beauté mystique, que nous tentons de concevoir la fin des temps. Depuis plus de 15 milliards d’années, l’univers est en marche suivant un unique processus : complexité de plus en plus grande avec l’émergence d’une conscience de plus en plus claire. Existe-t-il alors un point critique évolutif de maturation collective ? C’est celui selon lequel l’Homme serait psychiquement et spirituellement achevé, emporté par l’élan d’une convergence de l’en-avant et de l’en-haut. Teilhard insiste sur le processus d’avancée du Réel : ce n’est que par voie de complexification que la Vie, la Conscience, la Pensée ont pu successivement émerger, propulsées par le Souffle créateur, Verbe, Logos, Parole. La parousie finale, selon la vision teilhardienne, c’est le Christ d’abord qui se drape de toute la réalité de l’Univers, mais en même temps c’est l’Univers qui s’illumine de toute la chaleur et de toute l’immortalité du Christ.

C’est jusqu’à la fin des temps que l’Homme devra choisir entre le bien et le mal puis exercer sa responsabilité quant à sa destinée. Il est probable que dans ce contexte là et selon les Ecritures, la Terre sera traversée par un cataclysme indescriptible. L’attente de la Parousie ne peut être absolument passive mais faite d’une accumulation de désirs. Teilhard pressent qu’une effrayante « pression spirituelle » , un désir éperdu de s’évader de la Terre s’exercera sous l’effort désespérément tendu d’une Humanité à la fois attaché à la vie terrestre et en quête d’un au-delà, d’un Absolu, d’un Amour qu’elle ne sait imaginer. J’ai entendu une fois prononcer cette métaphore : « Dans notre passage vers cet au-delà mystérieux, il nous faudra une période d’adaptation ! » Autrement dit, l’homme se sentira comme étouffé par l’abandon de ses proches, de ses ambitions et de son auto suffisance naturelle. Comment imaginer, en fait, cet état décrit par Saint Paul : « Il n’y aura plus que Dieu Tout en Tout » (1,Co, 15-28)
Les caractères qui appartiennent essentiellement au christianisme le distinguent des autres religions importantes. En comparant ces caractères avec la structure générale de l’évolution formulée par Teilhard, on voit aisément comment cette religion lui paraît s’intégrer de façon harmonieuse en s’associant à l’ordre général de l’univers. Elle lui donne un centre suprême – le Christ – et une loi fondamentale – l’Amour – dans la dynamique du prolongement même de l’évolution universelle. Ainsi elle donne sens à la vie, à l’Humanité, au Cosmos tout entier qui tourne autour de l’Homme, flèche et pointe avancée de la Création. Le Christianisme paraît ainsi comme une religion qui nous met en harmonie avec le monde et qui prend à ses yeux la forme d’un couronnement naturel de la création tout entière. En approfondissant ce raisonnement on découvre UNE HARMONIE D’ORDRE SUPERIEUR, dont Teilhard ne cessait de célébrer la grandeur et la richesse. Cette harmonie entre les exigences d’une évolution convergente et la structure fondamentale du christianisme acquiert chez lui la signification d’une justification rationnelle de sa foi. (Comment je crois, 1934)

POUR TEILHARD, L’HARMONIE CONSTITUE LA CARACTERISTIQUE MAJEURE DE LA VERITE.

En conséquence, selon Teilhard, tout comme pour François d’Assise, l’expérience humaine impose des exigences fondamentales : D’abord rendre intelligible la vérité de la foi à l’homme d’aujourd’hui en la libérant de toutes les conceptions et formules dépassées, d’où le rôle attribué à la recherche scientifique. Orienter ensuite notre attention vers le problème du rapport entre Dieu et le monde. L’homme apparaît alors comme le collaborateur de Dieu, appelé à poursuivre et parfaire son œuvre. Il en résulte le besoin d’une théologie du travail et de l’effort humain ainsi que, sur le plan religieux, d’un œcuménisme de convergence. Le retour du Christ s’adresse à l’ensemble de l’humanité.
Les méditations de Teilhard l’ont conduit à situer le Christ dans le cadre d’une vision moderne du monde selon laquelle le lien entre le Christ et le monde n’est pas purement dogmatique ou moral, mais bien organique : le Christ, dans l’ensemble du cosmos, possède une fonction organique en tant que sens, terme et force motrice de toute l’évolution, EN SORTE QUE LA CHRISTOGENESE APPARAISSE COMME LA SUBLIMATION DE TOUTE LA COSMOGENESE. A bon droit Teilhard pouvait écrire alors : « JE NE FAIS RIEN AUTRE CHOSE QUE DE TRANSCRIRE EN TERMES DE REALITE PHYSIQUE LES EXPRESSIONS JURIDIQUES OU L’ÉGLISE A DEPOSE SA FOI ». (Comment je crois, 1934). Présentée schématiquement, l’idée essentielle de Teilhard revient à ceci : dans la perspective d’une évolution du type convergent devant être achevée par la libre collaboration de l’homme, le travail, la science et la technique acquièrent une signification exceptionnelle et doivent être considérés par l’homme comme un devoir suprême et une mission sacrée.
Le vocable grec : παρουσια rendu directement en français par « parousie » figure dans les anciens auteurs, Sophocle, Euripide... dans le sens de « présence » occasion qui se présente, occasion favorable, arrivée de quelqu'un. C'est donc bien dans le sens direct de ce mot que Paul l'a employé dans sa deuxième épître aux Thessaloniciens: « Frères, nous voulons vous demander une chose au sujet de la parousie de notre Seigneur Jésus-Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l'on nous attribue une révélation, une parole ou une lettre, prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n'allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. Ne laissez personne vous égarer d'aucune manière ! » (2, 1-3)



 

Vendredi 14 Novembre 2014 20:15