Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre extrait du livre "Ecrits du temps de la guerre"
réflexion proposée pour réunion à Brignais du 28/04/2017


Marcel COMBY / La puissance spirituelle de la matière
Ce titre fait état d’une sorte de paradoxe : Une même réalité peut-elle posséder une double nature ? La physique quantique nous met sur le chemin.
La notion d'Esprit-Matière a été proposée par Teilhard de Chardin comme une solution possible au problème des rapports difficilement concevables entre l'esprit et la matière, l'âme et le corps. Selon lui, le monde n'est pas constitué de deux substances distinctes, l'esprit d'une part, la matière d'autre part, mais d'une entité unique, à double face : l'Esprit-Matière. Cela permet d'éviter un dualisme peu conforme à notre besoin de cohérence et d’unification des choses : D'un côté l'Esprit et de l'autre, la matière et, entre eux, rien autre chose que l'affirmation d'un accolement inexpliqué et inexplicable. (L'activation de l'énergie, p 266)

Notre vision intérieure, toute réflexion profonde (introspection, méditation ou prière) nous révèle la face spirituelle du monde ou dedans des choses, alors que notre perception extérieure, sensorielle, nous fait apparaître sa face matérielle ou le dehors des choses. Cependant dans l’introspection nous cherchons à spéculer sur nos possibilités purement humaines alors que dans l’intériorité, nous prenons conscience de notre finitude. C'est en nous- mêmes que nous trouvons la certitude de l'existence de l'Esprit. Et, en accord avec la science, Teilhard considère que, comme tout phénomène bien observé fût-ce en un seul point, l'Esprit, dont l'existence est attestée par notre certitude intérieure, doit avoir des prolongements plus ou moins diffus dans tout l'univers. De plus, selon lui, contrairement à la conviction habituelle, la face solide du monde est sa face spirituelle, sur laquelle repose totalement l'être de toute chose ; sa face matérielle n'étant que l'apparence trompeuse que lui donnent nos organes sensoriels. La physique moderne nous apprend que toute chose est remplie de vide mais il s’agit d’un vide distinct du néant. Pour Teilhard, le monde est donc essentiellement Esprit. Il le confirme dans une lettre à son amie Léontine Zanta à qui il écrit en 1929: « Maintenant l' 'Esprit' est assez bizarrement devenu pour moi une chose toute réelle, la seule réelle. » (Lettres à Léontine Zanta, p 97)
Et il précise, (Le milieu divin, p 173) : « Non, ce ne sont pas les rigides déterminismes de la matière et des grands nombres ; ce sont les souples combinaisons de l'Esprit qui donnent à l'Univers sa consistance ». Teilhard était très conscient de l'incompatibilité de son spiritualisme avec l’ancienne science mécaniste de Newton : « Au milieu d'un Cosmos où le primat est encore laissé aux mécanismes et au hasard, la Pensée, ce phénomène formidable qui a révolutionné la Terre et se mesure avec le Monde, fait toujours figure d'inexplicable anomalie. L'Homme, dans ce qu'il a de plus humain, demeure une monstrueuse et encombrante réussite. C'est pour échapper à ce paradoxe que je me suis décidé à renverser les éléments du problème… L'Homme semble une exception. Pourquoi ne pas en faire la clef de l'univers ? L'Homme refuse de se laisser forcer dans une cosmogonie mécaniciste. Pourquoi ne pas édifier une Physique à partir de l'Esprit ? » (Comment je crois, p 126)

Pour l'admettre, il faut toujours avoir en tête que, pour Teilhard, le monde est formé non pas d'objets statiques ou mobiles en interaction, mais de dynamismes spirituels, de forces d'union (d'amour au niveau humain), dont les interactions constituent la trame solide du monde et prennent, pour nous, l'apparence d'objets inertes. Il nous faut : « ...repenser d'une manière complètement nouvelle les relations Matière et Esprit. A la place du vieux dualisme des civilisations occidentales, le point de vue de Teilhard rejoint en partie celui des spiritualités de l’Inde avec la maya ou l’illusion de la réalité du monde apparent.
Telle est la genèse de la notion d'Esprit - Matière, seule capable, semble-t-il de résoudre le casse-tête philosophique de la coexistence, et surtout de l'interaction de deux entités de nature différente, l'Esprit et la Matière. En fait, il se trouve que les progrès de la science au cours du XXe siècle, ont imposé une dématérialisation progressive de la particule matérielle qui nous révèle la profondeur d’un mystère.

Sans confirmer la pensée teilhardienne, qui n'est pas une démonstration mais un témoignage sur sa vision du monde, le nouveau climat scientifique se fait beaucoup plus accueillant à ses intuitions. Avec notamment la physique Relativiste d'Einstein, et la physique Quantique de l'infiniment petit, l’ancienne particule insécable de matière perd maintenant sa consistance, sa localisation précise, sa constance dans le temps, son individualité. Le monde quantique est constitué du dynamisme de champs énergétiques dont les interactions engendrent ce qui nous apparaît comme particules de matière inerte. Mais les physiciens reconnaissent volontiers ne pas savoir ce que sont, dans leur nature intime, une force, un champ ni une énergie quantique. Ils ne savent donc plus précisément ce qu'est la matière dans sa conception absolue. De plus, face à la dualité paradoxale de la particule quantique, à la fois onde et corpuscule, la démarche de Niels Bohr l'un des fondateurs de la physique quantique a été la même que celle de Teilhard face à l'opposition apparente entre Esprit et Matière : reconnaître l'unicité de deux entités apparemment distinctes. Enfin, le monde tel que le conçoit l'approche systémique du réel apparue depuis quelques décennies, est constitué d'interactions dynamiques de systèmes de rétroactions en boucles et non d'objets matériels juxtaposés. Ce qui représente une version purement physique du cosmos, étonnamment proche du monde de Teilhard sous-tendu par les forces de l'Esprit. Ainsi se trouve non pas confirmée, mais confortée la notion teilhardienne d'Esprit - Matière sur laquelle reposent en grande partie l'originalité, la valeur explicative du monde et l'encouragement à l'action, de son œuvre qui seule, a le mérite de rendre compte à la fois de l'aspect matériel et de la nature spirituelle du monde. Le physicien américain : Lothar Schäfer, dans son ouvrage « In Search of Divine Reality » parle justement de mind – like reality pour définir cette chose étrange qui est à la fois onde et corpuscule. Nous sommes, dans ces perspectives épistémologiques, aux confins de la science et de la métaphysique. Cependant, scientifiques et théologiens font, en fait, l’expérience de l’incomplétude. En fait, c’est ce concept teilhardien d’Esprit – Matière qui confère à la matière sa puissance spirituelle

Vendredi 14 Avril 2017 16:49


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