Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Cf. : Ecrits du temps de la guerre


Marcel COMBY / Réflexions concernant le chapitre : « Le Christ dans la matière »  (P 85)
« L'univers ne tient pas par en bas mais par en haut. » a écrit Teilhard.
Cette affirmation me conduit donc à évoquer l’évangile de la Transfiguration :
« Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière… » (Matthieu 17, 1-2)

D’abord il faut préciser que, dans notre peau de terrien, nous ne savons ni ne pouvons accéder directement à la nature même des réalités que nous observons et encore moins à leur essence. Le monde réel nous paraît en fait illusoire. Alors que devenons-nous hors de l’espace – temps, affectés de notre condition d’être imparfait et incomplet ?

Lors d’un examen universitaire de physique générale qui se déroulait il y a plus de 50 ans, l’épreuve pratique qui me fut attribuée, portait sur l’utilisation d’un spectroscope mobile dans le but d’observer certaines caractéristiques d’un objet microscopique. Celui-ci occupait le centre d’un support circulaire tandis que l’appareil pouvait être déplacé le long de la périphérie. Une source de lumière blanche permettait d’entreprendre l’étude de la configuration de l’objet compte tenu des résultats fournis par les mesures angulaires opérées sur les différentes raies spectrales. Qui ne connaît ces fameux anneaux lumineux composant l’arc- en- ciel après la pluie ?

Si je cite cet événement apparemment assez banal sur le plan scientifique, c’est qu’il contient une grande valeur métaphorique. L’objet central, qui ne révèle rien au niveau de l’observation directe, peut être considéré comme la métaphore d’une réalité dans son sens absolu. Le spectroscope, qui a le pouvoir de transformer la nature invisible pour nos sens en une analyse intelligible faisant intervenir les couleurs de l’arc-en-ciel, représente pour moi tout l’ensemble des facultés de la psyché. Celle-ci se comporte comme une sorte de « filtre » qui va laisser passer seulement des modèles et des images tels que les expressions du langage, l’ensemble des nombres entiers, l’univers infiniment suggestif des formes géométriques, le réservoir abondant des concepts et des notions, le trésor infiniment riche de nos émotions et de nos intuitions, etc…Il faut savoir que dans toutes les cultures, les couleurs ont revêtu d’ailleurs des symboliques particulières : elles représentent soit des divinités, soit des éléments dans les œuvres d’art, soit des symboles religieux, soit des représentations de certaines réalités fondamentales telles que le soleil et la lumière, l’eau et la nature, le monde des planètes, etc…Les couleurs peuvent être liées aussi aux facultés de l’esprit. Elles figurent donc, dans ce champ symbolique, les composantes de la Conscience Rationnelle.
Cette conscience rationnelle dérive de l’expérience que nous avons des réalités. Elle a pour fonction d’établir essentiellement des rapports entre les choses, de les distinguer, de les comparer, de les séparer, de les mesurer, de les contempler et de les classer par catégories. L’abstraction est le trait essentiel de cette connaissance.

Ainsi, à l’instar de cet appareil magique qui nous livre certains secrets de la matière, nous savons construire une « carte intellectuelle » de la réalité dans laquelle les choses se réduisent à leur profil général. La philosophie peut ainsi s’enrichir de toute une pédagogie capable de nous apprendre à réfléchir et à comprendre l’organisation du monde et en particulier l’organisation ordonnée de tous nos modes de pensée.
Je précise alors que, dans un processus de retour aux sources, la lumière et la blancheur, constituent des métaphores essentielles désignant des réalités supranaturelles dans les Evangiles. Le blanc représente le passage de la mort à la vie. Le blanc est l’état limite de la réunification des couleurs, donc une renaissance, un retour à l’origine de toute chose.
Le blanc est la couleur de la Révélation, de la Grâce et de la Transfiguration dont la lumière éblouit. Le blanc élève l’esprit, apaise et réjouit le cœur, éveille l’intelligence tout en exprimant avec force et puissance une Vérité inaccessible. Ce caractère sublime du blanc apparaît souvent lors des apparitions de la Vierge Marie éblouissante de lumière.

La lumière vient à nous puis retourne à l’Etre Suprême.
Peut-être a-t-on la possibilité de raisonner en faisant appel à la symétrie événementielle. Ainsi pour moi, l’épisode de la Transfiguration est très intéressant. Il a une valeur considérable dans la mesure où l’apparence de Jésus évoque cette réalité selon laquelle la couleur blanche représente chez le physicien la réunification des couleurs du spectre lumineux. Il s’agit d’un changement d’état, d’une mutation, d’une renaissance, d’un retour vers la perfection divine qui se fonde sur une vie d’amour et de don, délivrée de toutes les dualités auxquelles sont soumises toutes les réalités immanentes.
Notre corps devient sans nul doute un corps transfiguré, et il est probable que nous sommes infiniment proches de tout un univers cosmique très subtil qui existe déjà en relation avec nous, qui nous absorbe, mais que nous ne pouvons pas encore appréhender dans notre vêtement terrestre.
Dans son ouvrage : « Ecrits du temps de la guerre » (p 85), Teilhard expose un chapitre intitulé : Le Christ dans la Matière. Dans les siècles passés, ce titre serait l’objet d’une profonde critique théologique en raison justement du manque de connaissances dans tous les domaines de la pensée et de l’expérimentation. On aurait simplement condamné cette erreur théologique selon laquelle on tombe dans le pire des panthéismes. En fait, ce titre, à vrai dire ambigüe, est à interpréter en tenant compte de l’évolution de la réflexion des penseurs modernes qui n’ont pas manqué de rapprocher le domaine de la science et celui de la foi.

Dans un premier temps, je préciserai que les mots Christ et Matière dans les liens qui les unissent, évoque le sacrement universel de l’eucharistie.
« L’Hostie véritable, l’Hostie totale, c’est l’Univers que, toujours plus intiment, le Christ pénètre et vivifie…Une seule chose se fait, au fond, depuis toujours et à jamais dans la Création, l’eucharistie prépare donc à la transfiguration finale de l’Univers et pénètre dans les profondeurs de l’être de l’Homme» (Tome 10, p 90)
Selon Teilhard, l’Eucharistie nous élargit aux dimensions du Monde. Elle est l’âme de la cosmo genèse qui représente réellement un phénomène supra naturel. Le Christ est réellement présent dans le pain et le vin qui s’inscrivent dans un cadre autre que le symbolisme.
Dans un second temps, je préciserai qu’à un certain niveau de la réalité universelle, les choses s’expliquent en termes de complexité, de relations et non de substances. Les physiciens récents ont bel et bien mis en évidence certaines lois de la nature qui nous ont fait progresser dans le mystère du connaître. La science et la théologie ont à conjuguer l’un et le multiple. Le lien entre les deux passe souvent par la reconnaissance de contradictions sur le plan de la raison, d’où le recours à la logique ternaire. Relations et interactions restent totalement d’ordre physique dans la cadre de la recherche scientifique alors qu’elles sont personnalisantes dans le cadre des sciences humaines et celui de la croyance religieuse.

La trace du fond des choses. La relation, en tant que source première de l’être, est un mystère qui se découvre au cœur de l’homme chaque fois que ce dernier tente de se rapprocher de l’Un qui se dévoile amoureusement en filigrane de sa vie et de toutes les contradictions qui jalonnent le court des événements terrestres. Comme l’écrit Pascal : « Console – toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé » (Pensées, 553)

Lundi 31 Août 2015 09:08