Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Galerie

Travaux des membres pour le 5/07/2013


Dans le cadre de cette difficile question, deux métaphores me viennent à l’esprit :

-Imaginons une ligne électrique de très haute tension (800 kV ou plus) sur laquelle on désire placer en dérivation un appareillage quelconque. Il faudra que celui-ci possède une résistance excessivement élevée pour qu’il ne s’évanouisse pas instantanément. C’est un peu l’image de notre condition humaine qui représente comme un passage à travers l’Espace-Temps d’une parcelle de cette réalité absolue appelée : la VIE. Cette haute résistance à l’infinie puissance vitale se trouve réalisée grâce à celle de la multitude de nos egos lesquels sont dotés d’une formidable capacité de résistance et de liberté. Le retour à la Vie divine ne peut, dans ces conditions, être réalisé qu’au sein d’une manipulation de nature transcendantale. L’homme ne peut se sauver seul ; le salut ne se réalise que dans le Christ. Ce passage de l’être humain dans une structure immanente n’est ni plus ni moins que le processus de l’évolution qui écarte toute idée anthropomorphique liée à la notion de péché originel et qui, de plus, ne doit se concevoir qu’à travers le passage par la Croix.

-Un jour j’ai connu un enfant qui respirait le bonheur jusqu’à ce que, au fil du temps, il devînt un être fermé sur lui-même et un terrible camarade d’école ajoutant les sottises aux mauvaises notes, et ainsi de suite durant plusieurs années. Se croyant fort, il refusait toute explication à son comportement. En fait ses parents ne l’aimaient pas mais il ne voulait surtout pas montrer par orgueil son désarroi intérieur. Voilà qu’un beau jour il rencontre un adulte compatissant qui réussit à le faire parler sur sa vie passée. Il fondit en larmes tout en révélant la vérité à son ami. Il se sentait un peu pitoyable et son désir profond aurait été de tout casser autour de lui, témoignage de force morale et de réussite personnelle. Par la suite la vie prit une autre tournure en dépit de cet échec apparent. L’essence des choses est parfois invisible à priori. Certains théologiens vous diront, non sans subtilité, que la Rédemption est fondée sur une philosophie d’échec, sachant qu’il convient de réaliser tout le sens que ce mot suggère en vérité. Il ne s’agit nullement de gâcher sa vie dans une sorte de quiétisme irresponsable.

Pour aller plus loin, je cite Teilhard de Chardin qui écrit dans son livre « Comment je crois » (p 191 - 192) les lignes suivantes : "Je ne crois pas me tromper en affirmant que, lentement mais sûrement, une transformation spirituelle est en cours, au terme de laquelle le Christ souffrant, sans cesser d’être « celui qui porte les péchés du Monde » et justement comme tel, deviendra de plus en plus pour les croyants, « celui qui porte et supporte le poids du Monde en évolution ». Sous nos yeux, dans nos cœurs, j’en suis persuadé, le Christ – Rédempteur va s’achevant et s’explicitant dans la figure d’un Christ – Evoluteur. Et, du même coup, c’est la Croix dont le sens s’élargit et se dynamise à notre regard : la Croix symbole, non seulement de la face obscure, régressive, - mais aussi et surtout de la face conquérante et lumineuse de l’Univers en genèse ; la Croix symbole de Progrès et de victoire à travers les fautes, les déceptions et l’effort, la seule Croix, en vérité, que nous puissions honnêtement, fièrement et passionnément présenter à l’adoration d’un Monde devenu conscient de ce qu’il était hier et de ce qui l’attend demain ».

En fait, l’économie de la rédemption est fondée sur une loi paradoxale inaccessible à notre rationalité. Le succès réside dans l’échec ! Tout chrétien doit suivre l’exemple du Sauveur en réalisant en soi, et d’une certaine façon, la mort du Christ afin d’avoir part à la gloire du Père. Cette convergence du Monde vers le point Omega ne peut se faire que par l’agir et le don de soi par Amour. « Si le grain de blé ne meurt, il demeure seul ; s’il meurt alors il porte beaucoup de fruits » (Jean XII, 24) La loi de vie est donc une loi de mort. Etre chrétien, c’est réaliser en soi et dans sa vie le modèle divin ; telle est la loi de l’Evolution qui repose toutefois sur une dualité ontologique. L’Être se doit d’agir, mais dans un esprit de pauvreté. Autrement dit si nous nous attachons exclusivement à nos actions et à nos succès alors nous péchons par orgueil ; mais a contrario, si nous pensons cultiver l’esprit de pauvreté dans le non agir alors nous commettons également une faute d’amour propre. La loi de l’évolution c’est à la fois la conjugaison de liberté, progrès, acceptation de l’échec, appel à une renaissance et au final, mort et résurrection.

Teilhard écrit : (p 229 – 230) Création, Incarnation et Rédemption n’apparaissent plus que comme les trois faces complémentaires d’un seul et même processus : la Création entraînant (parce qu’unificatrice) une certaine immersion du Créateur dans son œuvre, et en même temps (parce que nécessairement génératrice de Mal, par effet secondaire statistique) une certaine compensation rédemptrice (…) le mystère n’est nullement éliminé, mais simplement reporté à sa vraie place (c’est-à-dire tout en Haut et dans le Tout), qui n’est ni la Création, ni l’Incarnation, ni la Rédemption dans leur mécanisme, mais « la Pléromisation. »

Une vision mécaniste de la création consiste à dire : l’acte créateur consiste en la production des éléments du monde et leur mise en place optimale au sein d’un système bien ordonné, parfaitement et définitivement codifié ; le déroulement postérieur du système obéissant alors aux seules lois de la nature. L’action créatrice se limite donc à un premier instant, et c’est suivant cette logique réductrice que la pensée commune considère les premiers mots de la Genèse comme un commencement de la Vie. Telle était le sens de la création donné par Descartes en son temps où l’on pensait selon les paradigmes de la physique classique. Le scénario qui suit l’acte créateur n’est plus alors qu’un accompagnement du créateur qui peut intervenir ponctuellement et si nécessaire, pour réorienter et assurer le passage d’un ordre à un autre. Certains évoquent l’idée d’un retrait de Dieu pour dire l’acte créateur : vision fragmentée des choses qui s’exprime en termes d’interactions dans un ensemble dont on a du mal à saisir et à préciser le sens métaphysique.

En fait, la création ne se réduit pas au premier moment de l’Univers. Elle est le don de l’être coextensif à la durée du cours des âges. Dieu s’inscrit dans la temporalité de sorte que le concept de Vie n’est plus simplement fondé sur une vision mécaniste du monde. La notion de création récuse l’image de l’intervention qui place, de façon anthropomorphique, cette réalité sur le même plan que les causes et faits naturels. Dans notre monde les dépendances sont multiples : la vie du corps, celle de l’esprit, les contraintes sociales, morales et politiques.

Mais il y a une autre dépendance, celle qui vient de l’acte créateur qui est un acte relationnel selon lequel l’accès à l’autonomie ne se fait pas contre, mais grâce à la volonté et l’action du créateur. Il s’agit d’une dépendance particulière, source de vie. La maturité spirituelle consiste, selon les mystiques, à écarter les dépendances infantilisantes ou aliénantes pour accéder à la liberté. La création continue est un processus qui repose sur l’idée de présence permanente. Dieu accompagne et suscite le mouvement des êtres vivants vers un accomplissement, non pas nécessairement de manière directe interventionniste mais plutôt indirectement dans un processus qui fait intervenir plusieurs acteurs.
L’action de Dieu est la réalisation du vœu de la nature et l’action créatrice mène chaque chose à son achèvement. La théorie de l’évolution en montre le déploiement et la création fonde l’être du monde dans sa continuité et sa cohérence. Telle se présente cette complémentarité entre la théologie de la création et la théorie de l’Evolution.

Samedi 15 Juin 2013 13:27