Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chez l’homme comme chez l’animal, le phénomène de peur et tous ses dérivés naturels : anxiété, angoisse, etc, relève principalement de l’instinct de survie face à un danger potentiel. Mais contrairement à l’animal, l’être humain sait qu’il a peur et sait pourquoi il a peur. Du fait que l’homme réfléchit et possède la connaissance, on peut citer une multitude de causes entraînant des sentiments de panique mentale : complexité oblige ! Ce peut être la peur existentielle, celle de l’infiniment grand qui n’en finit plus de nous fasciner, celle de l’infiniment petit qui bientôt va nous ouvrir les portes du monde des nanotechnologies, la peur raciale et celle du nombre qui naissent avec la mondialisation, la peur de Dieu (cela existe encore), la peur de mal faire, la peur de l’orage (peurs irrationnelles), enfin la peur de la mort qui nous concerne tous, etc…
La négation de la peur peut être l’inconscience qui fait de l’individu un automate privé de sens critique et de raison. La peur en fait est bien loin de ne montrer qu’un aspect négatif de l’évolution humaine, à moins qu’elle soit la source de pathologies diverses.
Le couple : peur – jouissance représente souvent un composant dans le fonctionnement de la psyché dans la mesure où il s’agit d’un facteur de progrès. L’homme est un être émotionnel ; ainsi tout ce qui touche à la vibration de l’âme, de l’esprit, du corps fait partie de son édification qui fait appel à la dualité : action – réaction. Je désire mais il faut surmonter mon angoisse face aux difficultés de réalisation de mon bonheur. Quelle frontière en fait existe entre la peur acceptée et la peur subie ?
Le petit enfant par exemple qui apprend à marcher, éprouvera instinctivement sa témérité et l’appel douloureux du risque le fera très vite revenir se blottir dans les bras de ses parents. De même le champion skieur qui monte en altitude pour pratiquer un schuss à 130 km/h, devra éprouver et surmonter une peur effroyable avant de goûter à l’ivresse de la victoire sur soi…et l’exploit se renouvellera malgré l’angoisse du départ. Sans le désir et le plaisir, la vie serait bien triste et sans la peur alors je peux me payer le luxe d’être totalement irresponsable. L’éducation fixe des barrières entre une ambition débridée et une attitude pusillanime.
Tous les amoureux de l’Absolu y compris les petits et grands mystiques, ont tous connu ces expériences de profonde peur face à une réalité qui les dépasse (la fuite de Jean Marie Vianney conscient de dons supra naturels qui l’éloignaint du monde banal des réalités concrètes). Le phénomène de l’évolution n’évacue pas, loin de là, la nécessité de tenir en compte du facteur « peur » dans la « montée de conscience » qui n’exclut en rien le passage par la douleur morale précédant toute prise de risque dont la finalité peut être un bien authentique.
Du point de vue ontologique, la peur résulte d’une illusion de la séparativité d’avec Dieu (péché d’origine), passage obligé dans le déroulement de l’Evolution qui contraint l’homme à surmonter son état d’autonomie par l’intermédiaire de sa raison. L’homme se trouve profondément désorienté et effrayé devant le fait qu’il ne se reconnaît plus comme créature parfaite capable de vivre une relation d’unité avec son Créateur. Sa liberté lui a dicté un comportement qui, en apparence, lui procure une connaissance nouvelle tout à fait attrayante. Mais en revanche il perd la conscience de sa grandeur car tout autour de lui et en lui se défait suivant une gigantesque mosaïque d’oppositions. C’est une « étoffe » qu’il doit reconstruire et justement Teilhard propose un cheminement susceptible de conduire la personne humaine dans une certaine prise de conscience qui le délivre au sens de la psychologie des profondeurs (consulter l’œuvre de Jung). Cette délivrance est évidemment contenue dans une réconciliation avec soi-même et avec les autres, qui ne peut se réaliser qu’au cœur du vivant suprême temple de la « complexité ».
On trouve chez Jung cette phrase : « La guérison réside dans la soumission progressive, de plus en plus complète, aux données de ces archétypes, dans la réalisation du « Soi » en recréant la communion originelle avec l’inconscient collectif ».
Autrement dit le conflit névrotique n’est résolu que par réduction de l’individuel au collectif. C’est l’inconscient collectif qui produit l’ensemble des mythes et des symboles, expliquant ainsi les mécanismes de la psyché. L’homme est-il soumis aux mythes et aux symboles ou bien est-ce l’homme qui invente mythes et symboles ? En théologie on affirme que l’homme est lui-même Symbole au sens trinitaire du terme. Jung semble se placer, tout comme Teilhard, dans une vision globale du monde. L’inconscient collectif ne serait-il pas une entité analogue à la Noosphère, qui contient tous les trésors de l’humanité tels que les archétypes et le Christ : archétype des archétypes. Cet inconscient collectif joue, pour Jung, un rôle immense et s’exprime à travers les rêves, les contes fantastiques, les peurs, etc.
Jung affirme en outre l’affinité entre la figure du Christ et certains contenus de l’inconscient. C’est à l’image du Christ, l’imago Dei, et sa similitude à lui qu’a été crée notre psyché. Mais par une sorte de retournement, on peut en conclure que c’est l’homme qui a inventé l’imago Déi. On tourne en rond et il est alors impossible d’accorder un crédit à la psychanalyse. Pour moi, l’inconscient se configure comme un arbre dont les racines plongent infiniment loin dans l’espace des souvenirs et hors de l’espace-temps. Nous sommes inconsciemment connectés à une réalité transcendantale qui nous confère le statut d’être humain. Ainsi notre conscience est largement soumise à l’influence de l’universel qui n’est pas de nature morale mais organique. Il existe ainsi des constantes telles que la peur existentielle, qui, à l’exemple des marées cycliques, viennent se heurter à nos existences banales. La pratique de la méditation ou de l’oraison, suivant les religions, opère une véritable réactualisation du Mystère Divin en nous, de sorte qu’il n’est pas possible de reléguer le « miracle » dans le « grenier » des phénomènes ou objets rares et extra ordinaires. Nous vivons en réalité un monde d’apparences qui nous fige dans notre individualité ou au contraire nous projette dans le culte du mystère, celui du complot ou celui du supra naturel. .
En ce qui concerne le « péché originel », il est franchement impossible d’établir un dialogue sur le sujet, vu qu’il n’existe aucune trace paléontologique d’un tel événement si événement il y a ! ni d’élément de logique permettant d’expliquer le mystère de notre condition de vie actuelle. Teilhard se situe dans une optique de cohérence, ce qui pour un scientifique est naturel et séduisant. Mais…Dieu n’est ni cohérence ni incohérence !
Comment alors se positionner par rapport au dogme de l’Immaculée Conception dans la doctrine chrétienne ? Cela se passe hors de l’espace-temps réel ???
Teilhard évoque souvent le terme de complexité, ce qui suppose une bonne connaissance de la nature humaine. En réalité deux mots rythment la marche de l’homme vers son unité et sa perfection, vers le point Oméga : « cataphase » et « apophase ».
On peut méditer sur le sens que nous livre cette belle courbe dénommée « parabole, projetant ses deux branches vers deux infinis, séparées par un point de retournement (point critique) qui préfigure l’état spirituel de tout homme qui sait et doit remettre en question ses convictions lorsque le moment est propice. Alors ne peut-on pas dans cette métaphore de la parabole, imaginer que le foyer de la parabole représenterait le siège de la « centréité » ?
La « Docte Ignorance » est cette capacité de renoncement qui nous fait transiter d’une branche de la parabole sur l’autre branche. Les fondamentalismes ne concernent qu’une branche de la parabole car les idées qu’ils véhiculent ne prennent en compte qu’un seul aspect du monde psychique : celui qui exige toujours plus d’obéissance à des principes figés. La Vie n’est pas un phénomène linéaire qui emprisonne la psyché et qui fait que la peur s’emparera de tout être dont les capacités mentales se trouvent un jour anéanties par un manque de recul vis-à-vis du véritable sens des choses. Le « Dedans des choses » tel que l’aborde Teilhard prendra réellement tout son sens s’il existe une dialectique permettant de répondre aux inquiétudes les plus diverses. Beaucoup de problèmes sont insolubles dans l’histoire des hommes ; pensons à tous ceux qui font naître des discussions sans fin au sein de l’Eglise Catholique. C’est que l’Unité du monde est à construire. Cela ne peut se réaliser que dans des attitudes intelligentes qui excluent la haine, la violence, la contrainte idéologique, et qui se fondent sur une connaissance intime de l’homme. Les paraboles de Jésus ne veulent rien prouver ; elles proposent un chemin de vie qui annonce le salut. Ce sont des analogies du royaume à venir et non un moralisme étroit susceptible de nous enfermer souvent dans la détresse, le pessimisme et la culpabilité.
Certains pensent que tous les problèmes sont solubles !! Mais par quel coup de baguette magique ?…ou alors il faut supposer que se produise un phénomène de mutation de la pensée selon laquelle nous aurions réussi à dépasser le stade des oppositions. Je conçois par exemple une société infiniment tolérante qui permettrait à chacun de s’épanouir en fonction de sa propre personnalité. Pourquoi pas ? Effectivement l’Amour au sens le plus teilhardien du terme, traduirait notre capacité à écouter, comprendre l’autre de manière absolue. Cela exclut tout sectarisme réducteur. Quel est alors dans cette configuration le rôle du divin ? Est-ce simplement celui du Christ créateur, évoluteur, attracteur ? Notre société moderne présente et future (la post humanité décrite par J M Besnier) ne deviendra-t-elle pas l’époque de la grande frousse du châtiment divin ? - Sodome et Gomorrhe -



Dimanche 6 Septembre 2009 17:36