Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Un récent magasine de France Inter évoquait le cas de cet enfant sauvage capturé en Aveyron il y a deux siècles et qu’on a tenté sans succès de lui faire acquérir un peu d’humanité. Cet enfant était en fait très proche de l’animalité. Alors se pose la question : Comment imaginer un premier Homme ayant déjà le sens de ce qui est bien ou mal, sans avoir auparavant bénéficié d’un héritage culturel ? Se pose donc le problème des origines et de tous les débats autour de l’anthropologie. Qu’est-ce que l’homme ? Quelle est sa spécificité ? Y a-t-il un « principe d’humanité » ? La science peut-elle apporter des réponses ?
Les enjeux théologiques sont tout aussi évidents. Comment l’homme est-il « image de Dieu », comme l’affirme la Bible ? °0u « animal rationnel » émergeant de la matière ?
Les relations entre l’humanité et le cosmos ont certes été marquées par de grandes étapes : l’Antiquité et ses dieux immuables assurant en permanence l’harmonie de tout ; la Renaissance avec l’apparition de la science qui unifie le ciel et la terre (époque de Galilée), l’homme domine la nature et commence à comprendre son fonctionnement en dehors de toute pensée mystique et de recours à Dieu ; enfin l’époque actuelle marquée par deux aspects contradictoires : d’une part l’extension des méthodes scientifiques, d’autre part le fait que la nature change de métaphore : de « machine » selon la pensée cartésienne, elle devient « organisme ». La nature évolue par elle-même de manière imprévisible et les relations de l’homme à cette nature est sujet à de multiples interactions. La relation de l’homme à Dieu n’est plus celle d’un être bassement soumis à une puissance qui le dépasse. Les chrétiens de l’époque contemporaine pensent que le Dieu de l’Alliance est avant tout un Dieu d’amour…ce qui est en partie contestable et contesté.
Teilhard dans ce contexte, a conscience que l’anthropologie est inséparable à la fois d’une cosmologie et d’une théologie. En outre l’avenir du monde l’intéresse davantage que son passé. L’homme « accompli » est celui qui marche toujours vers plus de croissance. L’anthropologie n’est plus alors un « humanisme » statique, mais une « science de l’homme » non réductible à un système, mais centrée sur la conscience de l’étoffe profonde des choses, ce qui exclut tout intellectualisme fermé sur soi. Pour Teilhard toute théorie ne vaut que dans la mesure où elle provoque une résonance au sein des personnes, ce qui suggère que cette science se comporte de façon métaphorique comme une partition musicale. Du fait des nombreuses capacités de l’homme pour « agir », l’évolution s’opère au niveau collectif. Emerge alors un nouvel « organisme » que Teilhard appelle « noosphère ». Toute la philosophie de Teilhard est basée sur l’action. Elle propose que l’homme demeure en perpétuelle recherche, prétextant que l’homme n’est pas encore achevé dans la Nature, pas encore complètement créé. Il existe même une valeur religieuse de la recherche, celle-ci étant orientée essentiellement vers une transformation du monde et de lui-même, vers une complexification croissante qui propulse la Nature dans son accomplissement. Telle pourrait être un aspect de l’essence de l’homme. Reste donc ouverte la question de l’avenir de cette évolution.
« L’immense mérite des fondateurs de l’anthropologie aura été de retrouver les liens historiques qui rattachent organiquement l’Homme à la Vie et à la Terre. Mais leur œuvre ne portera ses fruits que lorsque l’Homme, devenu, grâce à eux, conscient de sa consanguinité avec l’Univers, aura compris que sa destinée consiste à sublimer et à sauver, en lui-même, l’esprit de la Terre et de la Vie. Non pas seulement connaître, mais faire avancer plus loin, en nous, l’Evolution ».
La représentation adéquate de Dieu ne peut plus être celle d’une divinité qui s’imposerait à nous du dehors « comme un maître et son ouvrier », mais comme un Dieu qui crée tout en s’unissant à son œuvre. L’intelligence de la création au sens chrétien nous est donnée par l’incarnation de Dieu en Jésus Christ. Pour Teilhard, il n’y a pas d’accès au Dieu créateur en dehors du Christ. C’est cette union physique de Dieu et de l’Univers qui marque l’accomplissement du processus évolutif qui est fondamentalement « don de soi ». Le point Oméga n’est pas le prolongement de l’histoire ou un retour à un état idéal initial, mais un « acte de foi » permanent. Le monde n’est pas potentiellement transformable ; il est déjà transformé de par la résurrection de Jésus et Jésus n’appartient plus à l’Espace – Temps.

Pour compléter cette brève analyse, il est opportun de faire appel à la notion de symbole pour donner de l’essence humaine une idée plus précise et de cela Teilhard n’en parle pas. Le mot symbole peut revêtir différentes significations ; le « symbole » des apôtres en est une particulière. Généralement ce mot désigne le fait selon lequel on désire établir un « pont » entre une réalité de niveau donné et une autre de niveau supérieur, et ce, en invoquant le principe d’homologie. Je donnerai ici une définition plus spécifique qui peut entrer dans le cadre d’une anthropologie :
Appelons SYMBOLE cette possibilité de transparence de toute chose. Ne disons pas : « telle chose a d’abord sa réalité de chose, ensuite elle a la possibilité de faire penser à Dieu », car d’où vient sa réalité de chose, si ce n’est pas par Dieu ou pour Dieu qu’elle est ? Disons plutôt : « telle chose a sa réalité en Dieu », ensuite elle est présente à nos yeux superficiels l’illusion d’être réelle sur son plan. Alors si Dieu m’éclaire, je verrai que cette réalité illusoire n’est rien d’autre qu’illusoire, et qu’elle me cachait la présence immuable du seul Réel auquel mon âme aspire.
Dans cette vision de la réalité universelle, je pense que c’est le dogme de la Trinité qui conduit à affirmer que l’essence de l’humain est d’ordre trinitaire. L’homme est considéré alors comme symbole dans une théologie chrétienne, ce qui le différencie de l’animal, y compris les castors qui sont à même de construire d’immenses barrages pour assurer leur survie !!


r2FLEXIONS SUR

Vendredi 21 Mai 2010 19:13