Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Ethique, réalité ou utopie ?

Puis-je m’interroger sur les raisons de ma conduite envers la société ?
-Avec quel principe éthique, avec quelle morale ?
-En appliquant quelles lois ? Celles de l’autorité souveraine de l’Etat applicables à tous ?
- En me référant à une loi divine qui est un ensemble de préceptes que Dieu a donné aux hommes par Révélation ?
-Et pour les Chrétiens, la Loi nouvelle, prescriptions contenues dans le Nouveau Testament
Comment agir avec courage et lucidité lorsque l’on est Responsable d’un bien, d’une collectivité avec des lois qui changent tout le temps et avec une morale religieuse souvent en contradiction avec l’évolution de la Société?

L’étude sur la Morale qui, par définition, est un ensemble de normes, de règles de conduite propres à une société donnée, l’étude sur l’Ethique qui concerne les principes de la morale et qui étudie les fondements de la morale aboutissent au constat que seule la personne humaine peut se construire sur les valeurs qu’elle voudra bien s’accorder en toute liberté, tout en préservant sa responsabilité envers les autres.

Citons Teilhard de Chardin : Pour être pleinement nous-mêmes, … c’est dans le sens d’une convergence avec tout le reste, c’est vers l’Autre, qu’il nous faut avancer. Le bout de nous-mêmes, le comble de notre originalité, ce n’est pas notre individualité, - c’est notre personne ; et celle-ci, de par la structure évolutive du Monde, nous ne pouvons la trouver qu’en nous unissant. Pas d’esprit sans synthèse. Toujours la même loi, du haut en bas. Le véritable Ego croît en raison inverse de l’Egotisme ». A l’image d’Omega qui l’attire, l’élément ne devient personnel qu’en s’universalisant.(Et inversement, il ne s’universalise véritablement qu’en se sur-personnalisant).

Ethique, réalité ou Utopie

Définitions : Morale et Ethique ont un but commun : orienter vers ce qui est bien et dérouter de ce qui est mal.
La morale est l’invitation à l’obéissance à des règles issues de l’éducation (familiale, religieuse civique cultuelle)
L’Ethique est le résultat de l’engagement personnel qui conduit à déterminer ce qu’il est bien de faire dans une situation donnée.
La morale est référence, l’éthique est discernement. La morale interpelle, l’éthique responsabilise. La morale est l’horizon, l’éthique est le chemin. La morale est typiquement le domaine du respect de règles. L’éthique est typiquement le respect des autres (connus, inconnus, futurs).
La morale dit la règle et n’a que faire des conséquences, la démarche éthique, au contraire, ne se déconnecte pas de l’utilité des actes. Elle leur donne une dimension supplémentaire. L’Ethique est donc choix, donc liberté.
La morale et l’éthique renvoient à la philosophie. En revanche le comportement éthique renvoie au quotidien de l’activité des hommes qui dans leur environnement professionnel ont des responsabilités.
Déontologie : La déontologie est l’énoncé des devoirs qu’établit une profession pour donner des repères à ses membres.
Comportement éthique : Ensemble des réactions, attitudes, conduites, objectivement observables, qui auraient pu être autres, et qui sont dignes d’estime car appréciées par des gens de sa culture, réputés pour être habités par des principes moraux, comme étant, à la fois, exemplaires et judicieux. Les comportements deviennent éthiques par la conduite et non par le savoir. ils ne résultent pas d’une opinion qu’on émet mais des actes qu’on accomplit. L’attention portée à mettre de l’éthique dans ses comportements correspond à un désir personnel d’élévation.
Les comportements éthiques sont au points de rencontre de cinq courants d’influences [ Morale, Principes, Education
[ Lois, Règles Normes
[ Mœurs, Environnement, Systèmes
[ Volonté, Motivation, Autodiscipline
[ Formation, Culture, Réflexion


Les comportements éthiques varient selon les époques. Aristote, considéré comme le père de l’éthique, était un peu raciste et antiféministe et il serait peu crédible aujourd’hui.

Propos recueillis lors de conférences données par M. Cocherel intitulés : Forger son éthique.


Voici les propos de Socrate qui avait, dans la Grèce antique, une haute réputation de sagesse.

Quelqu’un vint un jour trouver le grand philosophe et lui dit : « Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur un ami ? »
Un instant, répondit Socrate. Avant que tu me racontes, j’aimerais le faire passer un test, celui des trois passoires.
Les trois passoires ?
Mais oui, reprit Socrate. Avant de raconter toutes sortes de choses sur les autres, il serait bon de prendre le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire. C’est ce que j’appelle le test des trois passoires. La première passoire est celle de la vérité. As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Non, j’en ai seulement entendu parler.
Très bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité. Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième passoire, celle de la bonté. Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bien ?
Ah non ! Au contraire.
Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n’es même pas certain qu’elles soient vraies. Tu peux peut-être encore passer le test, car il te reste une passoire, celle de l’utilité. Est-il utile que tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ?
Non pas vraiment.
Alors conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter, n’est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ?


Revenons à notre propos sur l’Ethique.

Qu’entendons-nous sous le terme de valeur ?
Une valeur est une référence que l’on s’approprie librement pour éclairer ses décisions, et constituer un guide pour orienter ses conduites. C’est une étoile pour inspirer le sens de sa vie. Une valeur s’identifie comme méritant de la considération, suscitant du respect, et se ressent comme idéal à atteindre, spécificité à acquérir et à cultiver.
Les choses n’existent vraiment, et ne durent, que lorsque l’on peut les nommer. Dès lors qu’une valeur est nommée, le chemin est plus court pour la faire sienne.
Essayons un petit exercice sur une liste de mots exprimés avec son antithèse :
Anticipation Immobilisme, courte vue ; authenticité fausseté Bien collectif individualisme, favoritisme Bienveillance, agressivité, sévérité clarté confusion, équivoque cohérence inconséquence, contradiction confiance doute, crainte Indulgence sévérité, sauvagerie Initiative routine indolence Intégrité corruption Liberté servitude contrainte Loyauté duplicité, perfidie traîtrise … A vous de continuer…

Il nous faudrait maintenant définir le mot vertu :
C’est une disposition, aptitude, talent, force d’âme, énergie, manière d’être, état d’esprit, permettant ou facilitant la mise en œuvre des valeurs.
La démarche éthique est une construction. Les valeurs et les vertus en sont les fondations.

Nous pouvons faire une liste semblable à celle des valeurs :
Mais le lecteur peut la faire également, voici seulement quelques exemples :
Altruisme égoïsme générosité égoïsme cupidité Bonté méchanceté courage lâcheté, crédibilité défiance, incertitude délicatesse grossièreté mépris efficacité impuissance, incapacité … A vous de continuer…


Quelques réflexions d’actualité sur la finance mondiale et l’éthique
On a vu le peu que valait l'école du "tout éthique", où la déontologie autoproclamée des professionnels devait suffire. Le balancier peut revenir maintenant vers le tout-régulation, où la loi internationale suffirait à encadrer les comportements. Disons ici une conviction très forte : une finance durable exige les deux. Les acteurs laissés à eux-mêmes, sans règles contraignantes, seraient toujours trop sujets à la tentation. mais finance sans conscience resterait ruine de l'âme, si on ose paraphraser Rabelais. L'éthique des financiers, c'est résister à une idolâtrie, celle de l'argent, et reconnaître trois principes simples : responsabilité, humilité, et justice.
Citons Sainte Thérèse d'Avila :
« Quel excrément que l'argent.. Mais pour la terre quel bon engrais! »
Ce qu'en pense un philosophe :
Mais, dira-t-on, l'éthique n'est-elle pas une branche de la philosophie? L'ennui, c'est qu'il ne suffit pas de savoir ce qu'il faut faire pour avoir le courage de le faire. Hegel dit à peu près que l'on ne vient pas à bout de ses aigreurs d'estomac en étudiant la physiologie. On y arrive mieux en se mettant au régime. Tous les universitaires savent que, si l'on cherche un salaud dans un département de philosophie, on a de bonnes chances de le trouver spécialiste d'éthique, de même que le cinglé dans le département est souvent le logicien. Ce qui ne veut pas dire, évidemment, que tout les moralistes seraient pervers, et tous les logiciens fous...

L’Ethique selon Lévinas par F-D Sebrah dans revue Philosophie magazine
Lévinas présente l’éthique comme la « philosophie première ». A vrai dire, cette expression est en partie trompeuse ? Car l’éthique, selon Lévinas, est une pratique qui se situe et s’éprouve « avant » toute philosophie conçue comme un questionnement rationnel se déployant dans le langage. En outre, cette pratique n’est en rien ce que la philosophie grecque nous a légué sous le nom d’« éthique ». Les Grecs envisageaient l’éthique comme la quête de la vie bonne, la recherche des règles permettant le bonheur individuel et assurant le « séjour commun » parmi les hommes. Lévinas rompt avec cette conception en renversant les perspectives : l’éthique est désormais un mouvement et une épreuve, l’épreuve de la mise en question de ma subjectivité et de mes pouvoirs par l’exposition à la vulnérabilité d’autrui. Cette vulnérabilité est si radicale qu’elle se meut en une interpellation de moi-même par l’Autre. L’éthique est ainsi l’épreuve de la responsabilité infinie pour autrui. Elle est nécessairement vécue à la première personne – c’est moi qui suis exposé à autrui – et dans une relation de face-à-face avec lui. L’éthique est donc bien la « philosophie première », et même « première » par rapport à toute philosophie dans la mesure où celle-ci ne se comprend qu’à partir de l’éthique comme ouverture à l’Autre. C’est cette ouverture qui décèle la dimension du sens. Il convient néanmoins d’éviter une interprétation malheureuse : « première », dans l’expression « philosophie première » ne renvoie pas, ainsi que c’est habituellement l’usage, à un fondement assuré. L’épreuve d’autrui défait toute certitude, tout fondement substantiel de la pensée et de l’existence. Loin d’être rassurante, elle est traumatisante en ce qu’elle ébranle mon être et l’être tout entier. L’éthique est au-delà de toute ontologie (au sens d’une connaissance du réel) elle me livre à l’« autrement qu’être ».
Le sens de l’Autre de Lévinas à Teilhard avec A. de la Garanderie, Aubin éditeur

Revenons aux propos de Lévinas qui concerne le devoir de ne pas faire de mal au prochain… la reconnaissance de l’autre permet à la conscience de l’être humain de mesurer l’infinité de l’infini, de faire l’épreuve du vécu de sa finitude, qui porte témoignage du fait qu’il n’est qu’une « créature » et que le temps ne lui appartient pas… Penser aux autres, à l’autre, ne faire aucun tort au prochain, que ce soit celui d’hier, d’aujourd’hui ou de demain. Y a-t-il lieu d’espérer autre chose pour nous autres, êtres humains. Lévinas ne nous le dit pas.

Teilhard nous fait espérer davantage. Les ruptures dans la temporalité de la nature … se produisent à chaque étape, toujours surprenante, au cours de laquelle l’être créé se compose, grandit en complexité, s’ouvre en conscience, jusqu’à l’homme, qui est sa rupture la plus éclatante, la plus monstrueuse, au point de conduire à la conscience révélatrice de Dieu. ... qui est participant à Son œuvre. Dès lors, y a-t-il opposition absolue entre l’Infini et la condition finie de la nature ? N’y a-t-il pas lieu de chercher les voies d’accès à l’Infini lui-même ? Ne faut-il pas considérer que les progrès de la nature avant que l’homme en fasse partie se manifestent par des dépassements de finitude qui annonçaient l’Infini ?
Encyclique « Caritas in veritate »
Tout au long de l’histoire, on a souvent pensé que la création d’institutions suffisait à garantir à l’humanité la satisfaction du droit au développement… Un développement demande, en outre, une vision transcendante de la personne ; il a besoin de Dieu : sans Lui, le développement est nié ou confié aux seules mains de l’homme, qui s’expose à la présomption de se sauver par lui-même et finit par promouvoir un développement déshumanisé. D’autre part, seule la rencontre de Dieu permet de ne pas « voir dans l’autre que l’autre » mais reconnaître en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui « devienne soin de l’autre pour l’autre ».

En relisant ces textes, je me suis remémoré ma lecture des Evangiles et les propos tenus par Jésus-Christ. Ils m’ont paru être orientés moins sur des obligations religieuses ou morales que sur la responsabilité envers autrui :
Vendez vos biens, et donnez-les en aumônes … Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Luc 12 27

Guérison d’un hydropique au jour de Sabbat
… Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux pharisiens : « Est-il permis le sabbat de guérir, ou non ? » Et ils se tinrent cois. Il prit alors le malade, le guérit et le renvoya. Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour de sabbat ? » Luc 13 29

Le tribut dû à César
… Nous est-il permis ou non de payer le tribut à César ? Mais pénétrant leur astuce, il leur dit : « Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l’effigie ? Et la légende ? » - « De César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Eh bien ! rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. … Luc 20 31

La femme adultère
… Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse nous a prescrit dans la loi de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » … « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! » … et Jésus resta seul avec la femme, qui était toujours là. Alors, se redressant, il lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? » - « Personne, Seigneur, répondit-elle.- « Moi non plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas. Va, désormais, ne pèche plus. Jean 8 12

N’est-ce pas une bonne leçon d’éthique toujours d’actualité plus de deux mille ans après les événements ?


Etude du Milieu Divin de Pierre Teilhard de Chardin (P.121à187)
J’intervertis l’étude proposée en commençant par la valeur individuelle du Milieu Divin en pages 164, ces pages reflètent davantage la difficulté de la personne pour vivre cette recherche et les réflexions du Père font apparaître ses propres interrogations :
« Il ne faut jamais … perdre de vue : de même que dans les zones expérimentales du Monde, les hommes, tout enveloppés qu’ils soient du même Univers, représentent chacun pour cet univers un centre de perspective et d’activité indépendant (en sorte qu’il y a autant d’Univers partiels que d’individus)… (en sorte qu’il y a autant de Milieux divins partiels que d’âmes chrétiennes).
« Avant de s’occuper des autres… le fidèle doit assurer sa sanctification personnelle, non par égoïsme, mais avec cette forte et large conscience que, pour une part infinitésimale et incommunicable, nous avons chacun le Monde entier à Diviniser. (p.166 et 167)
p.170 et171. Mon Dieu, je vous l’avoue, j’ai bien longtemps été, et je suis encore, hélas, réfractaire à l’amour du prochain. Autant j’ai ardemment goûté la joie surhumaine de me rompre et de me perdre dans les âmes auxquelles me destinait l’affinité bien mystérieuse de la dilection humaine – autant je me sens nativement hostile et fermé en face du commun de ceux que vous me dites d’aimer. Ce qui, dans l’Univers, est au-dessus ou au-dessous de moi (sur la même ligne, pourrait-on dire), je l’intègre facilement dans ma vie intérieure : la matière, les plantes, les animaux, et puis les Puissances, les Dominations, les Anges, - je les accepte sans peine, et je jouis de me sentir soutenu dans leur hiérarchie. Mais « l’autre », mon Dieu,- non pas seulement le pauvre, le boiteux, le tordu, l’hébété », mais l’autre simplement, l’autre tout court, _ celui qui par son Univers en apparence fermé au mien semble vivre indépendamment de moi, et briser pour moi l’unité et le silence du Monde, - serais-je sincère si je vous disais que ma réaction instinctive n’est pas de le repousser ? et que la simple idée d’entrer en communication spirituelle avec lui ne m’est pas un dégoût ? Mon Dieu, faites pour moi, dans la vie de l’Autre ; briller votre Visage.
p. 175. Mon Dieu, parmi tous les mystères auxquels nous devons croire, il n’en est sans doute pas un seul qui heurte davantage nos vues humaines que celui de la damnation… Vous m’avez dit, mon Dieu, de croire à l’enfer ; Mais vous m’avez interdit de penser, avec absolue certitude, d’un seul homme, qu’il était damné, - ni même, en quelque manière, à savoir qu’il en existe.
p.177 Que les flammes de l’enfer ne m’atteignent pas, Maître, - ni aucun de ceux que j’aime… Qu’elles n’atteignent personne, Mon Dieu (vous me pardonnerez, je le sais, cette prière insensée !) Mais que, pour chacun de nous, leurs sombres lueurs s’ajoutent, avec tous les abîmes qu’elles découvrent, à la plénitude ardente du Milieu Divin.
p. 186. La terre peut bien, cette fois, me saisir de ses bras géants. ………Ses ensorcellements ne sauraient plus me nuire, depuis qu’elle est devenue pour moi, par-delà elle-même, le Corps de Celui qui est et de Celui qui vient ! Le Milieu Divin
Revenons à la première partie de son exposé et par quelques citations, recherchons avec Teilhard ce qu’il considère comme les attributs du Milieu Divin :
P123 Dieu ne se découvre partout, sous nos tâtonnements, comme un milieu universel, que parce qu’il est le point ultime où convergent toutes les réalités. Chaque élément du Monde, quel qu’il soit, ne subsiste, hic et nunc, qu’à la manière d’un cône dont les génératrices se noueraient (au terme de leur perfection individuelle et au terme de la perfection générale du Monde qui les contient) en dieu qui les attire.
p.123. Etre accédé au Milieu Divin, c’est en effet avoir trouvé l’Unique nécessaire, c’est-à-dire celui qui brûle, en enflammant ce que nous aimerions insuffisamment ou mal ; celui qui calme, en éclipsant de ses feux ce que nous aimerions trop ; celui qui console, en recueillant ce qui a été arraché à notre amour, ou ne lui a jamais été donné… Etant maintenant familiarisés avec les attributs du Milieu Divin, nous nous tournerons plus attentivement vers la Chose même qui nous est apparue au fond de chaque être, souriante comme un visage, fascinante comme un abîme. Et nous lui demanderons : « Seigneur qui êtes-vous ? »
Le Christ universel et la grande communion
Teilhard cite St Paul Epitre aux Romains : « Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. »
Les accroissements du milieu divin
p.149 S’il est permis de modifier légèrement le mot sacré, nous dirons que le grand mystère du Christianisme, ce n’est pas exactement l’Apparition, mais la Transparence de Dieu dans l’Univers. Oh oui, Seigneur, pas seulement la rayon qui effleure, mais le rayon qui pénètre. Pas votre Epiphanie, Jésus, mais votre Diaphanie.
P.150 La perception de l’omniprésence divine est essentiellement une vue, un goût, c’est-à-dire une sorte d’intuition, portant sur certaines qualités supérieures des choses. Donc, elle ne peut s’obtenir directement par aucun raisonnement, ni aucun artifice humain ?
P.163 Pareil à ces jets ardents qui traversent sans effort les métaux les plus durs, l’esprit que Dieu attire pénètre dans le Monde, et s’avance enveloppé des vapeurs lumineuses de ce qu’il sublime avec Lui. Il ne détruit pas les choses, ni ne les force : mais il monte en s’appuyant sur elles, et en entraînant avec lui ce qu’elles ont d’élu.


Au cours de notre réunion, j’ai entendu une remise en question de la pensée du Père Teilhard sur les énergies, j’ai été pris de court, et je n’ai pas pu entretenir une véritable dispute sur le fondement du mot « énergie » tant dans le domaine du langage courant que dans celui des Sciences alors que mon interlocuteur prenait en considération seulement l’énergie des sciences.

Aussi je reprendrai les définitions du Dictionnaire et ensuite je démontrerai que Teilhard ne mélangeait pas le domaine de l’esprit avec celui de la Science :

Energie : Force morale ; Force physique ; vigueur dans la manière de s’exprimer.
Et pour la physique : l’énergie est un concept de base de la physique. En physique classique et en chimie il ne peut y avoir création ou disparition d’énergie, mais seulement transformation d’une forme en une autre ou transfert d’énergie d’un système à un autre. En revanche, en physique des hautes énergies, il y a possibilité de transformations réciproques d’énergie en matière selon la formule d’Einstein.

Revenons aux dires de Teilhard :
Energie (du gr. Energeia, efficacité, force en action, énergie). Moteur interne de l’évolution, émergeant en l’homme sous forme d’énergie spirituelle. Teilhard distingue deux formes d’énergie, l’une radiale, l’autre tangentielle. L’énergie radiale correspond à l’énergie psychique ou, de manière métaphorique, au dedans des choses. L’énergie radiale (attire l’élément particulaire) dans la direction d’un état plus complexe et plus centré, vers l’avant (I,62). L’énergie tangentielle correspond à « l’énergie physique obéissant aux lois de la thermo-dynamique. Les deux énergies sont en corrélation, « ces deux énergies n’étant pas transformables directement l’une dans l’autre dans leur fonctionnement et leur évolution (le radial croissant avec l’arrangement du tangentiel et le tangentiel ne s’arrangeant qu’avec du Radial) II 363

Radial Dérivé du latin radius, rayon. « Ce mot, relatif au rayon d’une circonférence, désigne chez Teilhard ce qui, dans les rapports humains, est intériorisant, pour la personne comme pour la société » (Martelet).

Tangentiel « Ce mot qualifie, en géométrie, une droite dans son contact ponctuel avec un cercle. Il exprime, pour Teilhard le caractère purement extérieur, ou même instrumentalisant, de certains rapports humains et des forces, conscientes ou non, qui les commandent » (Martelet)


Ce sujet mérité plus ample réflexion, voir le livre de Teilhard l’Activation de l’Energie.

LE SENS DE L’ESPECE CHEZ L’HOMME
Voici quelques textes qui pourraient nous permettre d’alimenter le site :
Je commence par la conclusion de Teilhard du tome 7 : Activation de l’Energie chapitre « Le sens de l’espèce chez l’homme » ; et j’ouvrirai le débat par 4 citations : celle sur le mal par St Thomas d’Aquin, citation déroutante ; Celle de Darwin, sur son émerveillement de l’Univers ; celle de Bergson, de la vie du corps à la vie de l’Esprit ; celle de Benoît XVI sur l’altérité, thème cher au philosophe juif Lévinas ; pour terminer, par une nouvelle citation de Teilhard du tome 6 qui nous enseigne l’évolution de l’amour avec beaucoup de finesse.
Teilhard t. 7, p. 210
« Chez les animaux, le sens de l’Espèce est essentiellement élan aveugle de reproduction, chez l’homme en vertu des deux phénomènes conjugués de réflexion et de totalisation … poursuivi en direction … d’un arrangement optimum en vue d’une hominisation maximum de la Noosphère…Encore faut-il que l’Univers se montre capable d’éveiller et d’entretenir en nous une lumière suffisante d’espérance et une chaleur suffisante d’amour… »
St Thomas d’Aquin
« Dieu n’a pas idée du mal ». En effet Dieu ne peut pas « dire » le mal car il ne le conçoit pas, il est étranger ontologiquement, infiniment étranger au mal.
En ces temps de Tous Saints, j’ai la ferme conviction qu’en fonction d’une très vielle croyance que nous sommes crée à l’image de Dieu, notre éternité sera, elle aussi, dans l’ignorance totale du mal.
Darwin, Autobiographie p. 76
« Une autre source de conviction de l’existence de Dieu, lié à la raison et non aux sentiments, me paraît de bien plus de poids. Elle découle de la difficulté extrême, presque de l’impossibilité à concevoir cet univers, immense et merveilleux, comprenant l’homme avec sa capacité de voir si loin dans le passé et vers l’avenir, comme le résultat d’une nécessité ou d’un hasard aveugles. Une telle considération me pousse à considérer une Cause première ayant un esprit intelligent, analogue à un certain degré à celui de l’homme ; et je pense être qualifié de déiste. »
Bergson, De la vie du corps à la vie de l’Esprit
« Les doctrines spiritualistes … ont raison de croire à la réalité absolue de la personne et à son indépendance vis-à-vis de la matière ; - mais la science est là, qui montre la solidarité de la vie consciente et de l’activité cérébrale. Elles ont raison d’attribuer à l’homme une place privilégiée dans la nature, de tenir pour infinie la distance de l’animal à l’homme, - mais l’histoire de la vie est là, qui nous fait assister à la genèse des espèces par voie de transformation graduelle des espèces et qui semble ainsi réintégrer l’homme dans l’animalité. »


Benoît XVI encyclique
« … Seule la rencontre de Dieu permet de ne pas ‘’voir dans l’autre que l’autre’’, mais de reconnaître en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui ‘’devienne soin de l’autre pour l’autre’’ »

Teilhard, t. VI, pp. 40-43
L’Amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques. Non plus seulement l’attrait unique et périodique en vue de la fécondité matérielle, mais une possibilité sans limite et sans repos, de contact par l’esprit beaucoup plus que par le corps ; antennes infiniment nombreuses et subtiles, qui se cherchent parmi les délicates nuances de l’âme. – Vers l’Homme, à travers la Femme, c’est en réalité l’Univers qui s’avance. Toute la question … c’est qu’ils se reconnaissent … Si ce que nous avons dit est vrai, c’est-à-dire s’il y a vraiment en formation un « Esprit de la Terre », - alors les éléments de cet Esprit ne sauraient se repousser, en définitive. Mais, plus puissante que toute tendance à l’extériorité mutuelle, il faut que se dissimule entre eux une foncière attraction. »

Je conseille la lecture de l’ouvrage de Thierry Magnin et de Jean Audouze : L’Univers a-t-il un sens ?

Voici quelques citations :
« La théorie de l’évolution repose sur le principe que tout ce qui est apparu dans le cours de l’histoire de la vie est le fruit de transformations de l’énergie et de la matière. Comment accorder ces deux actions ? Comment « lire la création dans l’évolution » ? C’est là que Thomas d’Aquin, d’une part, et Teilhard de Chardin, d’autre part, peuvent nous aider.

Je voudrais citer à nouveau une phrase de Teilhard, qui parle de l’acte créateur d’une manière extraordinaire en disant comme je l’ai souligné tout à l’heure : « Dieu fait le monde se faire, il lui donne les conditions de son existence. » Il connaît très bien Thomas d’Aquin et dit en substance ceci : « L’acte créateur de Dieu ne s’intercale pas dans la chaîne des antécédents, il se pose sur l’Univers pris dans toute son extension et toute sa durée. » et il ajoute : « Dieu n’a pas voulu isolément le Soleil, la terre, les plantes, l’homme. Il a voulu son Christ. Pour avoir son Christ, il a dû créer le monde spirituel ; les hommes notamment sur qui germerait le Christ. Et pour avoir l’homme il a dû lancer l’énorme mouvement de la vie organique, qui est un organe essentiel du monde, et afin que celle-ci naquît il a fallu l’agitation cosmique tout entière. »
Photothèque CEA, Dapnia

AVEC TEILHARD DE CHARDIN
CONSTRUIRE LA TERRE

A Paris : colloque organisé par l’association de Pierre Teilhard de Chardin les 19 et 20 novembre 2010

Notre société mondialisée se débat dans uns grave crise économique qui, de financière à l’origine, est devenue sociale en s’étendant aux populations les plus pauvres et les plus démunies. Dans le même temps, elle est menacée par des déséquilibres écologiques et fragilisée par le risque de prolifération des armes nucléaire et le terrorisme. Face à ces périls, un redressement s’impose que beaucoup voient dans la renaissance de vraies valeurs morales et spirituelles. Une renaissance perçue comme une exigence de survie, un ferment pour fonder l’espérance dans notre marche en avant, un catalyseur du goût de vivre pour tout humain en quête de sens.

Ce colloque a réuni les intervenants suivants :

Marie Jeanne Coutagne, philosophe
Claude Mandil, agence internationale de l’énergie
Michel Petit, climatologue
Hervé Bichat, Cirad
Philippe Herzog, économiste, Confrontations Europe
Hubert Védrine, Haut Conseil de l’ONU pour l’Alliance des Civilisations
Michel Candessus, ancien Directeur Général du FMI
Pierre Deschamps, Président d’honneur des EDC
Elena Lasida, Economie solidaire et développement durable

Les textes des interventions seront réunis dans le numéro de printemps de la Revue : Teilhard Aujourd’hui.


Je vais me contenter de vous présenter un texte de Pierre Teilhard de Chardin et, ensuite, quelques citations du livre de Philippe Herzog, « Une Tâche infinie, Fragments d’un projet politique européen » publié aux éditions du Rocher. Philippe Herzog : ancien élève de Polytechnique, ancien député européen, professeur des Universités, et longtemps un dirigeant du Parti communiste français.


Teilhard de Chardin :

« Glorieusement placés par la vie en ce point crucial de l’évolution humaine, que devons-nous faire ? (…) Nous n’avancerons qu’en nous unifiant (…) Nous voici face à face avec la question finale (…) Où chercher, comment imaginer ce principe de rapprochement, cette âme de la Terre ? (…) Sera-ce dans le développement d’une vision commune, (…) sera-ce plutôt dans les progrès d’une action commune (…). Ces deux premières unanimités sont sûrement réelles ; et je les crois destinées à tenir place dans le Progrès de demain. Cependant non complétées par autre chose elles demeurent précaires, insuffisantes, et inachevées (…) Dans ces conditions plus je scrute la question fondamentale de l’avenir de la Terre, plus je crois apercevoir que le principe générateur de son unification n’est finalement à chercher, ni dans la seule contemplation d’une même Vérité, ni dans le seul désir suscité par Quelque chose, mais dans l’attrait commun exercé par un même Quelqu’un » OC , V 98-9
Et il ajoute : « ne peut-on pas imaginer qu’à ce moment là se posera pour la première fois dans une option finale, un acte vraiment et totalement humain, - le oui ou le non en face de Dieu, proféré individuellement par des êtres en chacun desquels se sera pleinement épanoui le sentiment de la liberté et de responsabilité humaine » OC, IX,112

Philippe Herzog

Chapitre I La crise d’identité de l’Europe

P 32 : « Je me dois de dire ce que j’entends par « culture ». Pour Tocqueville, « on ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’est-à-dire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance sans les discuter ». Traduisons : on ne peut pas vivre sans croyances, et donc être incroyant de veut rien dire ! »
p.33 : « … Le défi principal est maintenant celui de l’unité de l’humanité : sauver le monde vivant, êtres capables de vivre en solidarité avec tous les peuples. Pour autant la question de l’identité de l’Europe est-elle périmée ? Pas du tout. Il serait aberrant de croire que les Européens pourraient œuvrer à une civilisation mondiale issue d’un partage des traditions, en faisant table rase de leur propre culture et de leurs choix historiques. Au contraire, nous devons puiser dans nos ressources spirituelles, morales, cognitives, et pour cela une connaissance critique de notre universalisme est indispensable. »
p 37 : « Je m’intéresse particulièrement au christianisme sous l’angle anthropologique ; il a fait sens depuis deux millénaires et l’on ne saurait ignorer ses apports. Le dogme m’a toujours rebuté, et l’Eglise, qui a codifié et diffusé à sa façon la parole de Jésus, en a abusé. Dès les premières lignes du catéchisme (question : qu’est-ce que Dieu ? Réponse : un être infiniment bon infiniment aimable, créateur et maître de toutes choses), j’ai décroché. Il m’a fallu une longue recherche pour saisir la force des messages sous la barrière du dogme.
p.38 : « Quand Paul déclare dans l’Epitre aux Galates : « Il n’y a plus homme ni femme, ni juif ni grec, ni maître ni esclave… », c’est un formidable tremblement de terre dans le monde antique. Lors d’une conférence à Athènes, je l’imaginais sur l’Acropole délivrant ce message. Avant Marx, Paul est le plus grand mystique juif révolutionnaire. »
p.39 : « La critique de la loi par Paul est impressionnante (…)il appelle à révoquer la Loi comme fondation de la vie commune, et à vivre dans la foi. Non pas qu’il prêche le déni de la loi, mais il sépare la religion du droit, auparavant indistincts. Et la loi peut être transformée sous la force de la foi. Le messie nous a rachetés de la malédiction de la loi, dit l’apôtre, lequel ne veut agir que par la parole et non par les armes. »
P 41 : « Dieu étant mort, l’homme devait prendre sa place. Le christianisme, religion de l’incarnation, avait ouverte la porte. Joachim de Flore imaginait en 1250 le devenir de l’histoire de l’humanité en trois périodes successives. D’abord l’âge du Père, la fondation par les juifs, Moïse et la contrainte morale ; puis l’âge du Fils, le Christ, pour qui chacun est loibre et égal devant Dieu et est appelé à se tenir droit pour vivre selon le bien ; et le troisième âge de l’histoire, celui de l’Esprit saint, verra l’individu tellement développé spirituellement qu’il pourra se passer du Père et du Fils.
p. 43 : « Mais aujourd’hui, l’Etat-providence prend l’eau et les garanties d’hier peuvent être les prisons d’aujourd’hui. Comme l’écrit Ulrich Beck, ‘ »vivre sa vie équivaut à résoudre sur le plan biographique les contradictions du système ». La conscience des risques s’est généralisée. Ceci a un côté négatif : la multiplication des peurs n’est pas une source propice à l’imagination, ni à la prise de risque qu’implique toute construction d’avenir. Mais le côté positif est très clair : la société est enfin confrontée à elle-même dans la production du risque. Dégradation de l’environnement, changement climatique, relation avec la santé …
p. 53 : « Alors qu’il n’y a plus de projet politique pour mobiliser les volontés, nous sommes des spectateurs attristés des rivalités des partis nationaux pour l’accès au pouvoir. Certains n’offrent pas de programmes ; d’autres présentent des programmes qui sont des collages idéologiques visant à séduire l’électorat. Puis quand ils sont au pouvoir et face aux réalités, ils doivent faire tout autre chose que ce qui a été annoncé – pas seulement en Grèce ou en Hongrie ! Il a fallu qu’éclate une crise économique durable pour que la question des faiblesses de la démocratie soit prise au sérieux. La compassion envers les victimes de la crise ne saurait masquer le travail indispensable pour repenser le système politique. Loin de flatter les uns et de dénigrer les autres, chacun doit être invité à se responsabiliser pour réinventer la démocratie. C’est une tâche qui doit inspirer la société elle-même et la mettre en mouvement. »





Jeudi 2 Décembre 2010 18:09