Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre extrait des "ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE"


Renée JOUBERT / NOSTALGIE DU FRONT
À la lecture de ce texte de TEILHARD de Chardin, je m'interroge sur la réflexion du Père; comment peut il regretter, ne serait ce que fugitivement, et ce n'est pas le cas, la violence, la terreur et la mort qui règnent dans les tranchées. Quel peut être ce sentiment trouble, pour moi, qui le fait “ monter au crépuscule sur la colline d’où il découvre le secteur qu'il vient de quitter ’’ afin de percevoir une fois encore le bruit et la fureur des
armes".
 

D'autres que le père ont écrit sur le sujet .Ernest Junger, auteur et philosophe allemand, descendant du train, parle de’’ l’haleine des combats qui fait courir en nous un étrange frisson ‘’(Ernest Junger,’’Orages d’acier’’) Mais quels sont les attraits et cette nostalgie dont Teilhard parle ? Ceux de l'esprit de corps où les conventions sociales
sont abolies ,ceux des compagnons de combats qui se révèlent des êtres courageux, opiniâtres, inventifs ou simplement des hommes plongés dans la même horreur, solidaires dans la souffrance et parfois dans la révolte devant les efforts insensés demandés par les états majors ? Pour Teilhard c'est aussi la nostalgie de la Liberté ,de ce « moi de l'aventure et de la Recherche qui veut toujours aller aux extrêmes pour dire qu'il est en
avant ».(page 175)
Le front reste pour lui , malgré toute son horreur, où à cause de cela peut-être, « Le continent plein de mystères et de dangers qui a surgi dans notre univers truqué et percé à jour ». Pour le Père la guerre est devenu un sujet d'étude des hommes. Il désire évoquer ce sentiment de plénitude et de surhumain si souvent éprouvé sur le front(page175) décrivant « une forme nouvelle qui révèle alors l’âme, celle de l'individu vivant de la vie collective des hommes, remplissant une fonction bien supérieure à celle de l'individu ordinaire et prenant conscience de cette situation nouvelle ». ’’(page 172) Les attaques demandent une force morale inouïe, un orgueil noble’’ dit il l'individu doit surmonter ses faiblesses et oser affronter sa peur de la mort .

A peine Teilhard est il en permission, permission qu'il attend comme les autres avec impatience précise t il, qu’il se sent rattrapé par la nostalgie du front. La permission est pourtant une obsession pour les hommes du front mais le retour à la vie normale est aussi une épreuve. Se retrouver parmi les gens de l'arrière à qui il ne veut ni ne peut, sans leur faire du mal, conter les horreurs qu’il a vécues. Les personnes qui lui sont chères lui semblent différentes , Elles ont acquis pendant son absence d'autres habitudes où celles qu’elles ont gardée non ne sont plus les siennes alors .Je me souviens des silences et des regards lointains de mon frère lors de ses permissions pendant la guerre d' Algérie, autre guerre, différentes certes, mais qui l’a profondément changé.

Puis les soldats devaient retourner au front dans l'enfer. Céline dans « voyage au bout de la nuit » écrit: ” on est retourné chacun dans la guerre. Et puis il s'est passé des choses et encore des choses qu'il n'est pas facile de raconter à présent, à cause que ceux d'aujourd'hui ne les comprendraient déjà plus ‘’.

Au contraire le Philosophe tchèque Jan Patocka rejoint Teilhard; il voit dans l'acceptation du soldat son dépassement et parlant de la Grande Guerre il déclare que « c'est l'événement décisif de l'histoire du 20e siècle. C'est elle qui décide de son caractère général, qui montre que la transformation du monde en un laboratoire actualisant les réserves d'énergie accumulées pendant des milliards d'années doit se faire par voie de guerre... les adversaires se rencontrent dans l'ébranlement du sens donné et créent par là un nouveau mode d'être de l'homme, peut- être le seul, qui dans la tourmente du monde, offre de l'espoir.’’

Teilhard a repris le sujet en 1947,après une autre guerre .Il écrit: « Présentement la majorité des hommes ne comprend encore la force( cette clé et ce symbole du plus être) que sous la forme la plus primitive et la plus sauvage: la Guerre. Voilà pourquoi il est nécessaire, peut être, que nous fassions encore quelques temps des engins de bataille, toujours plus grands et plus meurtriers….Mais vienne le temps , et il viendra, ,où la masse se rendra compte que les vrais succès humains sont ceux qui triomphent des mystères de la matière et de la vie. Vienne le moment où l'homme de la rue comprendra qu'il y a plus de poésie dans un puissant instrument destiné à briser les atomes que dans un canon ».(page 175)

Mais quand viendra t il ce temps où l'évolution ne se fera plus dans la violence et la terreur?. Avec les événements actuels il est permis de douter de l'achèvement de l'espèce humaine . Comme Le Point Omega parait lointain avec ce retour de la barbarie !

Samedi 5 Décembre 2015 09:39