Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Il y a une bonne quinzaine d’années, ma connaissance de l’œuvre de Teilhard se limitant à ce que ses biographes avaient écrit, j’ai éprouvé le désir de lire Teilhard « dans le texte ». J’ai donc acquis et lu, dans l’ordre, les volumes 1, 2, 3 et ainsi de suite jusqu’au dernier, le treizième, dans la collection du Seuil. Quoi de plus logique ?
Bien sûr, j’avais parcouru auparavant les titres de ces différents volumes et j’espérais beaucoup du tome 12 « Ecrits du temps de la guerre ». Je pensais y trouver d’abondantes réflexions sur l’utilité ou la futilité de la guerre, par exemple.
Or, la lecture de cet ouvrage m’a surprise à plusieurs reprises jusqu’à ce que je prenne conscience que les « écrits » en question avaient été rédigés entre 1916 et 1919, soit plus de vingt ans avant, par exemple, ceux regroupés dans « l’activation de l’énergie ».
Je m’étais alors promis de relire l’intégralité de l’œuvre, dans l’ordre chronologique cette fois, afin de comprendre qu’elle avait été l’évolution de la pensée de PTDC.
Je n’ai pas, depuis, tenu cette promesse, mais aujourd’hui, grâce au travail proposé par notre président, j’ai voulu, tout de même, tenter un comparatif de la vision du monde du Teilhard de 1916 et du Teilhard de 1942. Vingt six ans, c’est presque une génération, et vingt six années de la pensée de Teilhard, c’est une révolution !

J’ai choisi le chapitre des « écrits du temps de la guerre » intitulé : La Lutte contre la multitude, rédigé en 1917. En effet, il m’a semblé intéressant de comparer : « La Lutte contre la multitude » à « La Montée de l’Autre ». Il me semble que l’on perçoit déjà l’évolution de la pensée de l’auteur en juxtaposant ces deux titres.
Lutter contre une multitude sous-entend – devoir se confronter à un ensemble pour se concevoir en tant qu’individu.
Par contre, « La Montée de l’Autre » (en soulignant « montée » et « autre » par des majuscules) suppose que l’on considère « l’Autre » comme un –autre- soi même, donc –soi même – comme une entité dépourvue de l’obligation de confrontation et surtout comme immensément respectueuse de celui qui est en face d’elle. Et cette approche qui est déjà un immense progrès dans la perception de l’individu est bien sûr poussée bien plus loin par Teilhard puisque de ces « Autres » né un Ultra-Autre qui est le Collectif qui ne peut être sans l’amalgame des consciences individuelles.

Par manque de temps, je me limiterais dans cet exposé essentiellement à deux paragraphes des deux ouvrages comparés.


ECRITS DU TEMPS
DE LA GUERRE ACTIVATION DE L’ENERGIE
« Le néant de la multitude : tous les êtres que nous connaissons diminuent dans la proportion où ils se divisent. Le relâchement de notre esprit le fait descendre vers la Matière. (….) A l’origine, donc, il y avait, aux deux pôles de l’être, Dieu et la multitude. (….) Lors donc que le souffle substantiel de Dieu eut fait frissonner les zones impalpables, l’être nouveau-né émergea du fond de la pluralité » « La montée du nombre : si la vie pouvait aujourd’hui s’épandre sur une surface illimitée, (…..) il n’y aurait aucun inconvénient à ce que l’Humanité multiplie chaque jour d’avantage, (….) le nombre absolu des individus et des nations qui la composent. A chaque augmentation de pression interne succéderait immédiatement une détente externe ; et l’équilibre se trouverait à chaque instant rétabli. »
Ce paragraphe est suivi d’une longue réflexion sur la densité démographique qui engendre une hyper tension culturelle.
« Le mal de la multitude :
- Quand notre âme éprouve durement l’impénétrabilité qui la rend close à toutes les autres (….)
- Quand elle a peur et froid (…)
- Quand nous retombons écrasés de solitude (…)
- Quand la voix meurt (…)
- Quand le vertige nous prend (…)
Nous nous imaginons encore entendre les plaintes de notre petit être égoïste qui mendie un supplément de bonheur » « La liaison avec l’autre ou la montée du collectif :
Plus nous nous débattons les uns contre les autres pour nous dégager, moins nous parvenons à nous isoler. Plus nous nous emmêlons au contraire : et plus nous constatons, non sans inquiétude, que de nos servitudes entremêlées tend invinciblement à sortir un ordre, pour ne pas dire un être, nouveau, animé d’une sorte de vie propre, (….) dans un réseau aveugle de forces organisées. Le Collectif ….. »

J’aurais voulu reprendre ainsi toutes les idées développées au moins dans ces deux chapitres mais ce ne serait que du « copié/collé » et donc de moindre intérêt.
Il est tout de même important de noter que les « Ecrits du temps de la guerre » regorgent de références aux concepts de la religion catholique : Dieu, le Christ, le pêché ……….
Je suis presque tentée de dire que ces termes sont remplacés dans « l’activation de l’énergie » par : la Noogénèse, l’Humanité, chute en arrière……
Teilhard a-t-il abandonné l’Image de Dieu pour lui substituer celle de l’Humanité ?
Si nous admettons cette hypothèse, alors il y a lieu d’espérer que, si un individu (Teilhard) a conçu la possibilité que Dieu soit en fait l’Humanité, c’est que le degré d’évolution de la race humaine est sur le chemin de cette conscience et que chaque être humain sera bientôt apte à « aimer son prochain comme lui même » puisque lui même et son prochain sont Dieu.


P.S. Puisque notre Président, Jean-Pierre Frésafond est un champion dans l’art de retraiter l’œuvre de Teilhard, je lui suggère non pas d’épurer les écrits, mais de les publier (dans leur intégralité) dans l’ordre chronologique ou, du moins, si cela n’est pas possible sur un plan légal (par rapport aux droits d’auteur), de créer un répertoire des écrits de Teilhard dans l’ordre croissant de leur date d’écriture. Il me semble que ce serait un excellent moyen de faire connaître l’œuvre de Teilhard et, surtout, d’en faire comprendre l’essentiel. L’évolution de la pensée teilhardienne est elle même révélatrice des concepts qu’elle développe.





Dimanche 30 Novembre 2008 09:11